Développement durable : une filière BTP mobilisée

Développement durable : une filière BTP mobilisée

C’est tout un secteur qui doit aujourd’hui verdir ses pratiques, en s’adaptant à des normes de plus en plus exigeantes.

« L’importance des enjeux de la transition énergétique, les sauts technologiques et qualitatifs qu’elle implique, constituent des défis très réels pour l’ensemble de la filière », souligne d’emblée la FFB (Fédération française du bâtiment). « La nécessité d’une offre plus technique, plus crédible et plus adaptée a été reconnue par la profession. La solution passe par la qualification RGE (Reconnu Garant de l’Environnement), outil central ».

Pour la FFB, la RGE, avec son corollaire l’éco-conditionnalité, doivent rester « l’alpha et l’omega de la politique de transition énergétique dans le secteur du bâtiment. Ce principe ne signifie pas que la situation actuelle est parfaite. Nous pensons a contrario indispensable que le dispositif FEE Bat (Formation aux économies d’énergie dans le bâtiment) soit pérennisé afin de faire croître, dans des conditions acceptables, la population des entreprises et artisans qualifiés RGE ».

Pour l’organisme, « l’éco-conditionnalité des aides doit être non seulement maintenue mais étendue, notamment aux aides de l’Anah (Agence nationale de l’habitat) ». Enfin, « il faut aller vers une simplification du dispositif RGE ». Autant de revendications qui soulignent l’entendue de la révolution qui doit se mettre en oeuvre dans le secteur…

Une longue marche

Dans ce sens, le programme FEE Bat vise à accompagner la montée en compétence des professionnels du bâtiment dans le domaine de l’efficacité énergétique. Ce programme est financé par Électricité de France (EDF) par le biais des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) et des fonds de la formation continue issus de la collecte des entreprises.

Ce dispositif a été lancé en 2007, sous l’égide des pouvoirs publics : DGEC (Direction Générale Énergie et Climat) et DHUP (Direction de l’Habitat, de l’Urbanisme et des Paysages) dépendant du Ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la Mer, et de l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie), à la demande d’EDF et des organisations professionnelles du bâtiment (Capeb et FFB).

La nouvelle convention 2018- 2020 marque une évolution majeure du dispositif FEE Bat. En effet, les cibles sont élargies avec, en complément des professionnels en activité, un axe de travail portant sur l’accompagnement des enseignants et formateurs pour la formation des futurs professionnels. Ces nouvelles cibles ont permis d’associer à la convention le ministère de l’Éducation nationale ainsi que le ministère de la Culture.

L’accent est aussi mis sur l’innovation dans les modalités pédagogiques afin de pouvoir proposer, à chaque professionnel, qu’il soit en devenir ou en activité, un programme de montée en compétence individualisé et visant à l’acquisition des compétences nécessaires pour relever le défi majeur de la transition énergétique dans le secteur du bâtiment.

La filière BTP régionale est plutôt bonne élève en matière de traitement des déchets de chantier.

Nouvelles règles

Pour autant, selon la FFB, il reste encore du chemin à parcourir : « Les efforts consentis par les entreprises et artisans ayant mis en place des démarches environnementales méritent d’être reconnus. Des avantages permettraient non seulement de valoriser ces entreprises mais aussi d’en inciter d’autres à s’engager ».

Malgré la prise en compte de critères environnementaux dans les marchés publics et privés, « force est de constater qu’aujourd’hui, les efforts engagés par bon nombre d’entreprises du bâtiment pour être exemplaires et proposer des services éco-responsables ne sont pas reconnus. La maîtrise d’ouvrage privilégie dans 90 % des cas le moins-disant dans une logique économique ».

Pour la FFB, les donneurs d’ordre doivent « faire émerger les démarches exemplaires, en prenant mieux en compte les questions environnementales et de développement durable dans la définition des objectifs des marchés, notamment dans le cadre des achats publics ». Plusieurs actions pourraient être mises en place, dans une logique incitative, selon l’organisme. Comme attribuer un pourcentage substantiel aux critères environnementaux dans les marchés publics par exemple.

Déchets : une nouvelle approche nécessaire

Quelques chiffres donnent une idée de la tâche restant à accomplir en matière de gestion des matériaux et des déchets dans le BTP : selon le service de l’observation et des statistiques de l’environnement, 38,2 millions de tonnes de déchets sont produits chaque année par ce secteur : 7 % pour le neuf, 28 % pour la réhabilitation et 65 % pour la démolition. 2,54 milliards d’euros sont consacrés tous les ans à l’élimination de ces déchets, soit 3,5 % du chiffre d’affaires du bâtiment ou encore 1 à 8 % du montant des lots, selon les corps d’État.

Dans ce contexte, la Région Auvergne-Rhône-Alpes fait figure de bon élève. Du “gisement” sorti des chantiers de BTP, 4 % ont été réutilisés sur d’autres chantiers par les entreprises. 81 % des déchets ont été dirigés vers des installations spécialisées de la région. Par la suite, 84 % du gisement accueilli par ces sites ont été réutilisés, recyclés, ou valorisés en réaménagement de carrière. La filière régionale atteint donc 79 % de performance en la matière.

« Le principal levier d’action qui permettrait d’accroître encore le taux de valorisation de manière significative est une hausse des volumes sortant des chantiers de BTP récupérés par les installations », relève tout de même la Cerc (Cellule économique régionale de la construction) ». Car, là aussi, des efforts restent à accomplir : « L’activité de la démolition du bâtiment est principalement génératrice de déchets et matériaux inertes (68 % du volume total généré sur ce type de chantier) », note encore la Cerc.

« Un peu plus d’un quart des déchets générés sont non inertes et non dangereux, 6 % sont des déchets dangereux. À l’instar des entreprises de bâtiment hors démolition, les entreprises spécialisées dans la démolition éprouvent des difficultés pour quantifier les volumes de déchets générés sur les chantiers ». Le Sned (Syndicat national des entreprises de démolition) a, dans ce sens, mis en place un logiciel de traçabilité des déchets « mais il n’est pas encore pleinement déployé ».

Du nouveau pour les déchets inertes

En l’état actuel des autorisations, les capacités d’accueil des installations de stockage de déchets inertes d’Auvergne-RhôneAlpes seront abaissées de 3,7 millions de tonnes entre 2019 et 2031 : un effet conjugué d’une réglementation plus stricte et de la volonté de recycler, à terme, 70 % desdits déchets. Plus de 300 installations fermeront ainsi à terme, soit près de 4 sites sur 10. Ceux-ci pèsent pour 80 % des déchets accueillis.

À l’inverse, 47 ouvertures de sites ont été recensées. Dans les 15 prochaines années, 136 installations ont donc d’ores et déjà indiqué leur fermeture, représentant un tiers du volume accueilli. À cela vient s’ajouter une centaine d’autres qui n’ont pas été en mesure d’indiquer aux enquêteurs de la Cerc leur date de fermeture. À l’horizon de 5 ans, 45 % des installations ayant indiqué leur arrêt sont des structures dont l’activité principale est l’exploitation de carrière et 28 % des Isdi (Installation d’élimination de déchets inertes).

Les gisements de déchets les plus importants à réorienter se situent en Isère et en Haute-Savoie (respectivement 1,3 Mt et 1,1 Mt). En l’état actuel des autorisations, les départements les plus impactés par les fermetures à l’horizon de 15 ans sont le Puy-de-Dôme, l’Allier, la Loire, l’Ain et la Savoie, où plus de la moitié du volume accueilli est concernée par les fermetures prévues. Pour autant, la majorité des entreprises du bâtiment trient déjà leurs déchets, selon la Cerc, soit au moins 2/3 des entreprises de la Région.


Par Cyril Bellivier

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