Flore et faune, réservoirs à idées

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3,8 milliards d’années de R&D… La nature a travaillé avant les laboratoires, entreprises et collectivités qui s’en inspirent de plus en plus pour innover et se transformer.

S’inspirer du vivant pour tirer parti des solutions qu’il a patiemment concoctées. « Le biomimétisme n’est ni une science, ni une discipline, mais un état d’esprit à appliquer dans la recherche », décrit Gilles Boeuf, ex-président du Muséum national d’histoire naturelle. Des problématiques industrielles, environnementales, de santé ou urbaines peuvent être résolues en plagiant les réponses – plutôt économes en énergie et en ressources – que des animaux ou des plantes ont inventées avant nous.

Formes, matériaux et procédés à copier

« La nature est une bibliothèque. Lisons-là au lieu de la brûler, elle est high-tech », exhorte Idriss Aberkane, conférencier qui enseigne à CentraleSupélec. Les designers du TGV japonais copient le bec du martin-pêcheur pour une meilleure pénétration dans l’air, les concepteurs de drones s’inspirent des mouches pour gagner en autonomie, les constructeurs d’avions ajoutent des ailettes à leurs appareils sur le modèle des aigles pour gagner en stabilité ou posent des revêtements calqués sur la peau de requin à des fins aérodynamiques.

« Pour mettre au point les façades des bâtiment du futur, nous recherchons des matériaux qui interagissent différemment avec leur environnement selon le niveau d’humidité ou de rayonnement. La pomme de pin qui s’ouvre lorsque l’atmosphère est sèche, les ailes de papillon qui absorbent ou réfléchissent la lumière selon la température, nous intéressent », relate Christophe Ménézot, professeur à l’Université Savoie Mont Blanc dans l’énergie solaire et le bâtiment. « Toutes les caractéristiques qui permettent de s’adapter aux contraintes climatiques ou de collecter de l’énergie sont précieuses », note André Barbon, directeur de Teractem, concepteur de quartiers durables en Haute-Savoie.

« La nature est une bibliothèque. Lisons-là au lieu de la brûler, elle est high-tech. »
Idriss Aberkane, conférencier à CentraleSupélec.

Écosystèmes naturels à calquer

Et si, plus largement, nous copiions les écosystèmes de la nature pour les appliquer aux territoires et entreprises ? « Le biomimétisme d’avenir est un système économique et social », assure Gil Burban, fondateur de Polypop, ex-spécialiste en décontamination des sols et créateur de compost grâce à des cultures de champignons près d’Évian. Les espèces s’approvisionnent localement, utilisent des déchets comme matériaux et collaborent.

Inspirant ? « Les agences économiques essaient justement de boucler les cycles du carbone tout en densifiant le tissu économique local. Multiplier les liens entre les entreprises existantes crée des marchés sans faire venir de nouveaux acteurs et augmente la résilience du territoire », note Gil Burban.

Illustration avec Terragr’eau, système de méthanisation-compostage près d’Évian, porté par les acteurs publics et privés pour protéger les sources d’eau et maintenir l’excellence de l’agriculture. Les déchets organiques des exploitations agricoles et de la filière fromagère produisent du biogaz et un fertilisant pour les sols. L’approche “permaéconomique” mise sur les besoins de chaque acteur, sur les relations qu’il entretient avec l’écosystème en maximisant les échanges d’information, de flux, les synergies.

Moins de silos, plus de connaissances

« Les grands arbres nourrissent les petits, il y a redistribution et le flux s’inverse à une autre saison, par le mycélium sousterrain », illustre Paul Boulanger, associé chez Pikaia, société de conseil en solutions biomimétiques. En période de pénurie, les géants des forêts veillent sur la santé des autres pour assurer la leur. « Les chefs d’entreprise doivent revoir leurs actions conjointes avec des concurrents ou des territoires », reprend Bruno Lhoste, président d’Inddigo à Chambéry, qui propose des solutions d’ingénierie durable.

Le biomimétisme induit un changement culturel car il est interdisciplinaire et valorise les télescopages. Le centre écologique Terre Vivante situé en forêt iséroise propose donc un labo, un sentier avec des espèces locales bio-inspirantes « et surtout des rencontres entre chimistes, biologistes, agriculteurs… pour discuter biomatériaux, bioénergie et modèles économiques », précise Héléna Amalric, porteuse du projet biotope. Le jeu en vaut la chandelle. Le biomimétisme réenchante aussi le regard sur l’environnement et rompt avec la suprématie assumée de l’homme sur la nature. « Soyons plus humbles. Nous sommes peu de chose devant cette grande “entreprise”. Usain Bolt court à la vitesse d’un chat », ironise Gilles Boeuf.

Les abeilles et le nouveau management

Ceux qui exploitent au mieux les capacités des équipes, leurs champs émotionnels, intuitifs, relationnels sont à l’écoute de leur marché et ajustent leur trajectoire en conséquence. Comment y parvenir ? « Considérons les organisations comme des organismes, dotés de cellules décentralisées de prise de décision et connectées entre elles », conseille Olivier Pastor, cofondateur de l’université du Nous, laboratoire en gouvernance partagée. La société de logiciels Sogilis à Grenoble ou le fabricant de connecteurs Nicomatic à Bons-en-Chablais commencent à redistribuer l’autorité.

« Fourmis ou abeilles se divisent justement en mini-groupes qui remplissent des fonctions spécifiques tout en interagissant avec d’autres », précise Olivier Pastor, entrepreneur de la coopérative Oxalis à Aixles- Bains, conseil d’ONG et grands groupes. Des leçons d’intelligence collective à puiser dans la ruche ? Henry Duchemin, apiculteur et fondateur de Melilot à Chambéry, qui souffle des stratégies en s’inspirant des insectes, n’en démord pas. « La reine ne commande pas tout et la logique contributive compense celle de l’autorité. Phéromones de cohésion, changements fréquents de métier des ouvrières… invitent à repenser le management. »

Économie circulaire, pour mimer dame nature

«Quand les feuilles tombent, on n’organise pas un ramassage. Nos industries produisent en ligne des choses dont personne ne veut, la nature fonctionne en cycles », serine Idriss Aberkane, conférencier sur le sujet. Chaque déchet est transformé en source d’énergie pour un autre organisme. Autant s’en inspirer, dans des boucles toujours plus complexes. « Dans le premier compartiment, nous nourrissons les poissons ; dans le deuxième compartiment, leurs déjections sont filtrées et transformées par des bactéries en nutriments ; lesquels sont ingéré par des plantes maraîchères placées sur une structure flottante et dont les racines sont immergées dans le troisième compartiment.

L’eau, à nouveau pure, est reversée aux poissons », illustre Julie Benoit Brémond, responsable Aquaponie chez AMP-Aquaculture sur le point d’installer une grande exploitation à Serrières-en- Chautagne. Une telle économie de ressources est recherchée dans le projet Territoire Zéro Déchet Zéro Gaspillage Pays de Savoie, dont la coordinatrice Shabnam Anvar (re) connecte différentes productions aujourd’hui indépendantes. « Au programme, réemploi des déchets. À Placo plâtre Chambéry, le gypse de plâtre est réintégré dans le placoplatre », illustre-t-elle.

Le centre international ressources et innovation pour le développement durable (CIRIDD) a initié la plateforme Eclaira.org qui recense et insuffle des projets d’économie circulaire en Auvergne-Rhône- Alpes. « Un réseau régional se tisse, suivant le modèle des écosystèmes naturels », se réjouit Coralie Neyrand, chargée de projets au sein de l’association ; laquelle cite l’exemple de Créastuce, bureau d’études en plasturgie à Maillat dans l’Ain, qui développe un additif pour plastiques issu des déchets que sont les poudres de peinture. À L’Isled’Abeau, dans le Nord-Isère, le groupe Vicat valorise des déchets du BTP pour fabriquer son ciment.


Par Julien Tarby

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