Interview / Xavier Wargnier : « Dans dix ans, on ne parlera plus de digitalisation »

Interview / Xavier Wargnier : « Dans dix ans, on ne parlera plus de digitalisation »
Interview / Xavier Wargnier : « Dans dix ans, on ne parlera plus de digitalisation »
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Fondateur des Éditions kawa et créateur des “Sommets du digital”, qui se déroulent du 5 au 7 février à La Clusaz, Xavier Wargnier revient sur son parcours atypique – du papier au digital – et sur les enjeux du numérique aujourd’hui et demain. Voici son interview.

"Ce que l’on peut dire, c’est que la digitalisation est à la fois porteuse d’inquiétude, car les répercussions, notamment humaines, sont énormes : dans dix ans, avec la robotisation et la numérisation, y aura-t-il encore besoin d’ouvriers, d’employés pour les tâches basiques ? Mais elle est aussi porteuse d’espoir, en matière de santé par exemple. Ou simplement de relations : avec les traducteurs simultanés, qui font d’énormes progrès, finies les barrières de langue pour les échanges internationaux."

Vous avez créé Kawa en 2004. Mais au départ ce n’était pas une maison d’édition…

Non. C’était une agence de marketing direct à destination des éditeurs. Je venais du milieu de l’édition et j’avais constaté qu’il n’existait pas d’agence spécialisée sur ce marché : je suis donc passé de l’autre côté, du rôle de client à celui de prestataire !

Et comment une telle agence devient-elle une maison d’édition ?

J’ai voulu écrire un livre sur le marketing, en utilisant mon expérience personnelle. Mais je n’arrivais pas à le mener au bout. J’ai lancé une bouteille à la mer sur les réseaux sociaux. Henri Kaufman – un spécialiste du marketing – a répondu. Nous sommes entrés en contact et, à force de discussions, nous avons décidé de nous associer pour devenir éditeurs, en nous positionnant sur la niche du marketing digital.

Pourquoi ce choix ?

À l’époque, c’était novateur. La plupart des ouvrages qui existaient en la matière n’étaient pas le fait de spécialistes. Il y avait un créneau à prendre. Force est de constater que, quelques années plus tard, il est devenu extrêmement concurrentiel !

Comment une nouvelle venue, TPE et provinciale, fait-elle pour s’imposer sur un marché ?

Il y a d’abord notre approche : nous ne recherchons pas des auteurs déjà connus mais des experts dans leur domaine, qui apportent une vraie plus-value aux lecteurs. Nous avons été rapidement bien identifiés sur ce positionnement. De plus, nous sommes très présents sur les réseaux sociaux pour faire connaître nos ouvrages et nos auteurs. Enfin, il y a notre mode de fonctionnement, agile et rapide.

C’est-à-dire ?

Les éditions Kawa sont nées alors qu’Amazon et le commerce en ligne en général étaient déjà bien développés. Nous avons adapté notre modèle en fonction de cela. Nous sommes une toute petite structure : il n’y a pas de salarié, mais deux associés et un réseau d’indépendants et de prestataires. Ensemble, nous gérons tous les aspects : sélection, relecture, relations avec les auteurs, mise en page…

Une structure aussi éclatée, cela doit être difficile à piloter ?

Au contraire ! Ce ne sont que des passionnés qui ont tous plus ou moins un profil d’entrepreneur. Pas besoin de management : c’est presque uniquement de l’auto-management naturel.

Et pour l’impression ?

Nous faisons appel à un imprimeur numérique spécialisé, pour être plus souples et plus réactifs. Nous faisons imprimer environ 200 livres par jour. Mais, dans l’absolu, cela peut être 200 livres différents ! Cela nous permet de répondre aux commandes très rapidement, sans stocks inutiles. Donc à des coûts qui restent compétitifs malgré les faibles tirages. De plus, nous pouvons prendre tout de suite en compte les mises à jour. En fait, nous sommes en édition permanente, presque à mi-chemin entre l’édition traditionnelle et la presse.

Il y a quelques mois, vous avez créé “Kawa Diffusion”, pourquoi ?

Les prestataires auxquels nous avions recours répondaient mal à notre attente. Depuis l’été dernier, nous allons donc nous-mêmes sur les salons, les événements… Mais surtout nous avons réussi à créer un lien direct avec les libraires. Et bien sûr, nous vendons aussi via Internet, en ayant épousé d’emblée les standards d’aujourd’hui (livraison gratuite en 24 heures) : Amazon a contribué à faire naître une nouvelle demande du client, le monde du livre doit s’adapter s’il veut survivre.

Vous prônez la spécialisation, mais vous vous diversifiez dans le roman, l’essai… Pourquoi ?

Comme je le disais, le marketing digital est devenu un créneau très concurrentiel. Nous cherchons d’autres pistes de développement. Nos tentatives en matière de romans n’ont pas été suffisamment concluantes et ne vont pas être poursuivies. En revanche, les essais, notamment sur les questions de santé et de développement personnel, fonctionnent plutôt bien.

“Les éditions Kawa sont nées alors qu’Amazon et le commerce en ligne en général étaient déjà bien développés. Nous avons adapté notre modèle en fonction de cela. Nous sommes une toute petite structure : il n’y a pas de salarié, mais deux associés et un réseau d’indépendants et de prestataires.”

Être éditeur papier, c’est encore un métier d’avenir ?

J’espère ! Le marché va continuer d’évoluer. Les prix vont sans doute baisser, mais nous avons la chance d’être très flexibles. Après, c’est vrai qu’on se pose d’autant plus la question pour un thème comme le marketing digital : le livre reste-t-il le bon support où ne faut-il pas davantage miser, outre le numérique, sur des rencontres comme les Sommets du digital ?

C’est pour cela que vous avez lancé l’événement, en 2015 ?

En partie, mais il y a aussi d’autres raisons. Nous voulions permettre à nos auteurs et à notre réseau de se rencontrer “en vrai”. Parallèlement, nous étions régulièrement invités sur des salons, des événements divers où les intervenants versaient souvent dans l’auto-promotion plutôt que de parler du thème annoncé : on a voulu mettre en place quelque chose de plus sincère.

Comment persuadez-vous une soixantaine d’intervenants de venir trois jours à La Clusaz pour parler numérique ?

Justement parce que c’est à la Clusaz et parce qu’il y a un mélange de travail, de relationnel et de ludique. Le tout dans un cadre plutôt informel : tout le monde est en tenue de montagne et partage à la fois les conférences, les repas, les animations, le ski, les speed datings… Les intervenants et les participants apprécient cette dimension, ils débranchent mieux.

Qui vient à ces sommets ?

Pour la première édition, nous avions une centaine de participants. Cette année, nous sommes à 330 et nous en avons refusé une centaine, faute de place pour les accueillir dans des bonnes conditions. Ce sont, pour la plupart, des cadres et chefs d’entreprise qui sont déjà engagés dans la digitalisation, mais qui n’en sont pas des experts. Ils s’interrogent toujours, sont en veille et cherchent des temps d’échange. En termes de typologie d’entreprises, il y a de tout : PME ou plus grosses structures, de l’industrie classique aux services numériques. Le point commun serait plutôt la bonne santé de l’entreprise : ce sont surtout des “boîtes” qui marchent bien et qui veulent faire en sorte que cela continue.

Ce sont des entreprises locales ?

Il y a environ 20 % de locaux, ce qui est plus que les autres années. Probablement grâce au succès et à la médiatisation régionale des éditions précédentes.

Dans dix ans, ces Sommets existeront-ils toujours ?

La digitalisation de l’économie classique sera probablement terminée, ou pas loin, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y aura plus besoin de rencontres et d’échanges pour évoquer les évolutions, car il continuera d’y en avoir.

Cette digitalisation en cours, vous la voyez comment ?

Si je le savais, il n’y aurait plus besoin des Sommets ! Ce que l’on peut dire, c’est qu’elle est à la fois porteuse d’inquiétude, car les répercussions, notamment humaines, sont énormes : dans dix ans, avec la robotisation et la numérisation, y aura-t-il encore besoin d’ouvriers, d’employés pour les tâches basiques ? Mais elle est aussi porteuse d’espoir, en matière de santé par exemple. Ou simplement de relations : avec les traducteurs simultanés, qui font d’énormes progrès, finies les barrières de langue pour les échanges internationaux.

La difficulté, pour les entreprises, c’est de suivre le mouvement, car tout semble toujours aller très vite…

C’est vrai. Des nouveaux acteurs arrivent avec une approche innovante et bouleversent un marché très rapidement. D’où la nécessité de toujours être bien informé, à la fois de ce qui se passe et de ce qui se prépare. Malgré cette difficulté, les participants aux Sommets sont plutôt dans une approche optimiste, considérant que l’humain et le digital peuvent faire bon ménage. Et même que l’humain est indispensable à une digitalisation réussie.

Xavier Wargnier : bio

Né en 1970, Xavier Wargnier a suivi des études de commerce. Étudiant, il crée, dans la Drôme, des guides urbains, puis fonde une agence de communication qui édite aussi un magazine local. Au tournant du siècle, il devient directeur éditorial des éditions juridiques Tissot (Annecy-le-Vieux). Il y reste six ans avant de fonder l’agence, puis les Éditions Kawa (450 000 euros de chiffre d’affaires en 2017 ).


Propos recueillis par Éric Renevier

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