Lait d’alpage : il n’y a pas que les agriculteurs qui font leur beurre avec!

par | 31 Oct 2020

Le programme Alpilait est spécifiquement destiné à préserver et même développer les alpages à vocations laitière. Si ses impacts immédiats peuvent sembler quasi-anecdotiques il faut en fait analyser le sujet au regards des enjeux globaux. Et ce n’est pas par hasard si industriels de l’agroalimentaire, collectivités et domaines skiables s’intéressent de près aux alpages et au sujet.

Cet article est un complément à notre Zoom « Le lait d’alpage : l’autre or blanc à préserver », paru dans Eco Savoie Mont Blanc n° 42 du 30 octobre 2020.

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Deux éleveurs remontés à l’estive dans les Bauges, trois dont on espère qu’ils pourraient faire bientôt de même au Pays du Mont Blanc… les enjeux du programme Alpilait peuvent sembler aussi limités que territorialisés.

Il n’en est rien.

Car au-delà des cas individuels, au-delà des questions purement agricoles c’est l’image et l’économie touristique et agroalimentaire de Savoie Mont Blanc qui est en jeu. Les acteurs concernés l’ont d’ailleurs bien compris.

Les collectivités ne rechignent pas à la dépense pour sauver les Alpages : le Département de Haute-Savoie (Dep74), le CSMB, la commune de Sallanches et l’association foncière pastorale (groupement des propriétaires des alpages) locale viennent ainsi de mettre 640 000 euros sur la table pour restaurer le chalet de Véran, au dessus de Sallanches (inauguré en août). Et le Dep74 indique avoir consacré 12,8 millions d’euros à la préservation des alpages (plus de 550 dossiers !) depuis 1995, avec une forte accélération ces derniers temps : 1,3 M€ en 2019, 2,3 M€ cette année.

Idem du côté des stations. Dans le dernier numéro de sa revue, Domaines skiables de France (DSF, la fédération professionnelle des stations) rappelle que 28% (Haute-Savoie) à 31% (Savoie) des alpages sont concernés par un domaine skiable et qu’à l’inverse 70% des stations sont « alpagées ».

D’où l’intérêt de renforcer le dialogue et la coopération entre les deux mondes. Pour des raisons environnementalo-financier : les prés pâturés l’été sont les pistes l’hiver, donc mieux vaut éviter naturellement le retour de la végétation haute via le bétail que d’avoir à réaliser mécaniquement un entretien spécifique. Et, de plus en plus, avec l’eau comme enjeu central : les retenues collinaires pour la neige l’hiver peuvent être utilisée pour le bétail l’été. Dans cette optique, DSF a même édité un « Guide pratique pour une coopération pérenne ».

Autant d’efforts vus d’un très bon œil par les acteurs du tourisme et de l’agroalimentaire (lire l’exemple de Les Fermiers Savoyards et Lactalis dans notre Zoom). Car si la mise à l’alpage reste, finalement, une pratique minoritaire elle demeure l’incarnation de d’une certaine image de Savoie Mont Blanc, participant fortement à la promotion et au marketing du territoire et de ses produits.

Innovation et observation

Enfin, ce n’est pas la dimension le plus souvent mise en avant mais les alpages sont aussi une terre d’innovation et d’observation privilégiée.

En termes d’innovation, vue leur éloignement des réseaux (électricité, eau, télécom) voire de de toute desserte carrossable, les chalets d’alpage sont parfois des sites d’expérimentation technique (autonomie énergétique) mais aussi en termes de gestion, comme le rappelle les Sociétés d’économie alpestre (SEA).

Ce sont aussi des lieux d’observation du changement climatique. Né au sein du Parc national des Écrins à la suite des sécheresses du début des années 2000, le dispositif « Alpages Sentinelles » mobilise de multiples acteurs à travers les Alpes, dont une dizaines en Savoie. Avec l’objectif de mieux partager les connaissance pour définir des méthodologies communes et partager les réponses possibles aux problèmes posés par le réchauffement.

Bref, les alpages sont à de multiples niveau « un territoire stratégique » en Savoie Mont Blanc, comme le rappelle François Thabuis, membre du bureau de la chambre d’agriculture, dans notre Zoom sur les alpages laitiers paru dans Eco Savoie Mont Blanc du 30 octobre 2020.


Photo : Chambre d’agriculture Savoie Mont Blanc

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