Exportations en chute libre, chômage en forte hausse… le Canton de Genève n’échappe pas à l’onde de choc provoquée par les mesures d’endiguement de la Covid-19.

La ville du bout du lac subit de plein fouet les effets secondaires des mesures sanitaires prises par les collectivités publiques pour lutter contre la pandémie de Covid-19. Certains indicateurs se sont même littéralement écroulés, comme le nombre de nuitées dans l’hôtellerie ou celui des passagers à l’aéroport. Les exportations du canton de Genève perdent trois quarts de leur valeur en avril par rapport à la période correspondante de l’année précédente (hors métaux et pierres précieux, monnaies, objets d’art et antiquités), selon les statistiques cantonales. Sur trois mois, de février à avril, la baisse atteint 24,5 % en variation annuelle. L’horlogerie (-28,5 %) et la bijouterie (-26,8 %) sont particulièrement touchées. En revanche, la chimie, qui est la troisième principale nature de marchandises exportées, est en légère progression (+0,4 %).

40% des travailleurs du canton au chômage partiel

La marche des affaires s’est nettement dégradée dans la plupart des entreprises genevoises. La restauration, l’hôtellerie, le commerce non alimentaire, les services aux particuliers, la construction, la culture ou encore l’événementiel font partie des secteurs les plus touchés. Le taux de chômage augmente de 1,3 point entre février et mai pour atteindre 5,2 %. On recense 12 731 chômeurs inscrits fin mai, un chiffre en hausse de 31 % sur un an. En outre, le chômage partiel concernait fin mai 14 692 entreprises regroupant 127 970 travailleurs, contre seulement 200 entreprises et 4 000 travailleurs au plus fort de la crise financière de 2008.

Environ 40 % des travailleurs éligibles du canton en ont bénéficié (les indépendants, fonctionnaires internationaux et diplomates ne sont pas compris). Le chômage devrait continuer de progresser fortement pour atteindre 5,7 % en 2020, en moyenne annuelle, contre 3,9 % en 2019. Genève devrait subir une contraction de son PIB de 6,5 % en 2020, plus marquée qu’à l’échelon suisse (-5,5 %), selon le Groupe de perspectives économiques (GPE), composé de représentants de l’État et de la Ville de Genève, du milieu bancaire et des principales caisses de compensation.

Ce phénomène tient au fait que les mesures y ont été plus strictes – comme la fermeture des chantiers –, et aux caractéristiques de l’économie genevoise, qui repose notamment davantage sur le tourisme d’affaires dans le sillage de la Genève internationale. Lueur d’espoir, le GPE prévoit une progression du PIB de 6 % en 2021 (5,4 % en Suisse), mais prévient toutefois : « Que ce soit en Suisse ou à Genève, le rebond observé en 2021 ne compensera pas entièrement la chute du PIB en 2020 et le niveau du PIB atteint à fin 2021 sera inférieur à celui de fin 2019. En d’autres termes, la crise du printemps 2020 aura occasionné une perte sèche pour l’économie. »


Par Matthieu Challier