BANQUES 1/5 – Cela a été l’une des premières mesures d’exception annoncées par le gouvernement : la possibilité pour les entreprises d’obtenir une pause, pouvant aller jusqu’à 6 mois, dans leur(s) remboursement(s) de prêt(s). Les banques ont vite été assaillies de demandes… parfois surprenantes.
Retrouvez les autres parties de ce dossier :
1/5 – Report des crédits : les entreprises disent banco !
2/5 – La déferlante du Prêt garanti par l’Etat (PGE)
3/5 – La reprise, les frontaliers et la montagne
4/5 – La crise, et après : télétravail, sans contact et « big data »
5/5 – Comment les agences sont parvenues à tenir le choc
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Face à la crise, les banques n’ont pas attendu l’État pour agir. Elles ont toutes mis en place des dispositifs spéciaux pour soutenir leurs clients (trésorerie, autorisation de découvert, affacturage…). Certaines ont même créé des outils ciblés pour les secteurs très touchés ou au contraire en surchauffe : «Nous sommes connectés avec l’économie de la montagne, c’est pourquoi nous avons mis en place pour les ESF et les moniteurs, des aides spécifiques, indique par exemple Cyril Brun pour la BP Aura, et immédiatement contacté nos clients hôteliers pour aménager leur crédit» ; «pour répondre aux besoins urgents de trésorerie des centres hospitaliers, la mise en place de lignes de crédits court terme a été simplifiée par notre agence Santé, cite en autre exemple la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes, et une enveloppe de financement spécifique de 50 millions d’euros a été débloquée.»
Pour autant, c’est bien sur les deux mesures de crise mises en avant par le gouvernement qu’elles ont été le plus sollicitées ces dernières semaines : reports d’échéances et Prêt garanti par l’Etat.
Et en ce qui concerne le report (jusqu’à 6 mois) des remboursements de crédits, les banques ont vite constaté la popularité de la mesure ! Le dispositif a en effet été massivement utilisé par les clients des quatre enseignes que nous avons interrogées.
« A mi-avril, plus de 12 350 prêts représentant un total de plus de 1,3 milliard d’euros (Md€) ont été reportés et nous avons également mis en place un ensemble de services complémentaires à destinations des professionnels et entreprises (financement de trésorerie, élargissement des autorisations de découvert, affacturage, report des échéances aussi sur les crédits baux…) », détaille Alain Denizot, président de la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes (Cera)

« Nous avons reçu une avalanche de demandes de reports d’échéances de crédits dans les jours suivants l’annonce des premières mesures exceptionnelles (deuxième quinzaine de mars) puis à nouveau une deuxième vague après le discours présidentiel du 13 avril annonçant le confinement jusqu’au 11 mai ainsi que la prolongation de la fermeture des bars, restaurants et sites de loisirs au-delà de cette date », confirme Alain Méline, président de la Banque Laydernier, sans préciser de chiffres.
« Les demandes sont arrivées assez vite : nous en avons reçu 13 000, dont 10 000 émanant des professionnels et des entreprises (NDLR : les 3 000 particuliers demandeurs disposaient pour la plupart de cette possibilité via une clause de leur contrat de prêt), constate Martial Schouller, directeur adjoint du Crédit Agricole des Savoie (CADS). La demande a été forte au départ, puis le flux a ralenti avec la création du Prêt garanti par l’Etat (PGE). »
La Banque populaire Aura a, elle, traité au total environ 60 000 reports, dont 40 000 dans les 15 premiers jours suivant l’annonce du dispositif. Pour l’anecdote, elle a pris l’initiative d’automatiser ce report pour plus de 40 000 entreprises, sélectionnées en fonction de leur activité (180 codes Nace concernés) : parmi elles, près de 5% ont alors recontacté la banque… pour continuer à rembourser normalement !
2008 / 2020 : deux crises très différentes
Les banques vont-elles pouvoir financer sans problème les mesures de crise exceptionnelles ? Réponse sans ambiguité : oui.
La crise de 2020 n’est pas celle de 2008-2009 pour au moins deux raisons, ont insisté nos différents interlocuteurs. D’abord, elle est encore plus large et touche (quasi) le monde entier et, en France, tous les secteurs économiques.

Ensuite, elle n’est pas une crise financière et encore moins bancaire : cette fois les banques ne manquent pas de liquidités pour accompagner leurs clients. D’autant plus – mais là ce fut aussi le cas en 2008-2009, que les robinets publics sont grands ouverts. Il y a quelques jours, la Banque centrale européenne a d’ailleurs garanti la mise à disposition de liquidités aux banques pour le financement des PGE.
Le bons bilan des banques ces dernières années (y compris 2019, excellent millésime), même s’il a été pénalisé par des taux d’intérêt très faibles, sont d’ailleurs mis en avant : quoi de mieux que des ratios de solvabilité exemplaires, des niveaux de risques au plus bas et un « matelas » confortable pour pouvoir soutenir ses clients, quitte à prendre des risques inédits (lire sur ce point La crise, et après : télétravail, « big data » et sans contact).
Photo du haut : Markus Spiske / Pexels
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