DOSSIER BANQUES 3/5 – Troisième volet de notre dossier consacré aux banques régionales pendant la crise du coronavirus. Les dirigeants de la Banque Laydernier, la Banque Populaire, la Caisse d’Epargne et du Crédit Agricole y évoquent pour Eco la sortie de crise mais aussi deux conséquences plus spécifiques au territoire de Savoie Mont Blanc en raison de sa géographie : le possible effet sur les frontaliers travaillant en Suisse et l’incidence à long terme sur le tourisme de montagne.
Nos différents interlocuteurs semblent tous tabler sur une reprise (très) lente et (très) progressive, « tant au niveau de l’activité économique que de la consommation (en BtoB comme en BtoC) », redoute Alain Denizot (Cera). « Plutôt entre le L et le U qu’en V », nous glissera même, en off, l’un d’entre eux pour bien signifier que l’économie ne va pas repartir rapidement.
Ils ne semblent pas pour autant craindre un effet « deuxième lame » pour les territoires proches de la Suisse (la Haute-Savoie et, dans une moindre mesure, l’Est de l’Ain compte des dizaines de frontaliers, résidant en France et travaillant « sur Suisse »). « Il y a certes déjà eu quelques licenciements de travailleurs frontaliers en raison du confinement et de l’arrêt de certaines activités mais je n’ai pas perçu d’exagération. Et l’économie helvétique a montré à plusieurs reprises ses capacités de résistance et de redémarrage », relève Alain Méline (Banque Laydernier).
« Les frontaliers peu qualifiés des secteurs les plus touchés vont sans doute pâtir de cette crise. Mais le niveau d’activité de notre filiale Banque du Léman semble démentir la perspective d’une crise sévère pour les frontaliers dans leur ensemble », assure Alain Denizot (Cera). Dit autrement : Suisses romands et frontaliers semblent toujours avoir confiance dans l’avenir puisqu’ils continuent de chercher des financements pour leurs projets. « La Suisse a une résilience incroyable. Elle l’a déjà prouvée. Sur le long terme, je ne crois pas à un cataclysme pour les frontaliers », complète de son côté Martial Schouller.

La mutation de la montagne accélérée
En revanche, nos banquiers tablent sur des conséquences plus profondes et plus durables pour l’économie touristique de montagne. Même si la saison d’hiver 2019-2020 ne sera pas catastrophique vue qu’elle était déjà bien avancée lorsque le confinement a été imposé (mi-mars) et que l’activité avait jusque là été bonne, voire excellente.
« Les acteurs du tourisme vont beaucoup souffrir, c’est certain, s’inquiète Alain Denizot (Cera). Nous avions ouvert fin 2019 une ligne de trésorerie de très long terme pour accompagner les stations dans leur transformation vers un tourisme durable : cet outil va probablement s’avérer d’autant plus utile avec la crise. »
« Cette crise va sans doute accélérer les réflexions sur le modèle et conforter les stratégies de diversification », abonde Alain Méline (Laydernier) en s’interrogeant aussi sur « l’impact de cette crise sur la clientèle étrangère, nombreuse dans les stations. »
Plusieurs de nos interlocuteurs relèvent aussi que, si la saison peut effectivement démarrer en juillet(les festivals et grands rassemblement restent, pour l’heure, interdits jusqu’au 15 juillet), la montagne pourrait en profiter : limitation des longs déplacements en transports collectifs et recherche de grands espaces aérés où on ne s’entasse pas pourraient rabattre vers les sommets les habitués des plages de sable fin.

DGa du Crédit Agricole des Savoie
(Photo : Eric Renevier)
Martial Schouller (Crédit Agricole des Savoie)
« Nous sommes extrêmement marqués par l’importance des conséquences de cette crise sur l’économie des Pays de Savoie. Notre territoire est sans doute plus touché que la moyenne, mais il a certainement plus de capacité de rebond.
Plus touché, car il est davantage marqué par le tourisme et l’industrie (et ses liens avec le secteur automobile) que d’autres territoires. Le tourisme, c’est peu ou prou 50% du PIB de la Savoie et 30% de celui de la Haute-Savoie or avec cette crise tout le secteur est à l’arrêt complet.
Mais plus de capacité de rebond, aussi, car le territoire est très dynamique et a de nombreux atouts (activités immobilières, tourisme, industrie, agriculture… mais également esprit d’entreprise, ouverture à l’international…). Tous les ressorts ne resteront pas contractés. »
Retrouvez les autres parties de ce dossier :
1/5 –Report des crédits : les entreprises disent banco !
2/5 – La déferlante du Prêt garanti par l’Etat (PGE)
3/5 – La reprise, les frontaliers et la montagne
4/5 – La crise, et après : télétravail, sans contact et « big data »
5/5 – Comment les agences sont parvenues à tenir le choc
ou bien le dossier dans son intégralité sur une seule page web
Photo du haut : Patricia Rey (archives)








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