« L’Ucly n’a pas touché un centime d’argent public »

par | 10 octobre 2020


Le recteur de l’Université catholique de Lyon et le directeur de son nouveau campus annécien ont fait le point sur cette première rentrée. Effectifs, ambitions, menaces du Covid et polémiques sur le soutien financier public, Eco Savoie Mont Blanc vous récite le cours au tableau.

Une salle de classe, un « élève » par table et deux « professeurs » devant le tableau : la présentation à la presse du campus annécien de l’Université catholique de Lyon (Ucly) avait un vrai petit goût de rentrée.

Dans le rôle des « profs », le père Olivier Artus, recteur de l’Ucly depuis juillet 2019, et Aurélien Eminet, directeur du nouveau campus. Le début de la leçon est plutôt théorique : l’Université catholique de Lyon, institution née en 1875 grâce au soutien de mécènes locaux, notamment des entrepreneurs, veut poursuivre son développement. Sous le mandat de Thierry Magnin, le prédécesseur d’Olivier Artus, l’Ucly a doublé ses effectifs dans les formations initiales (elle compte environ 11 000 étudiants à présent), notamment grâce à l’ouverture d’un deuxième campus à Lyon. Poursuivant cette logique d’expansion, elle sort maintenant de ses bases lyonnaises : Annecy est la première « antenne » extérieure mais des contacts sont déjà en cours à Le Puy et Marseille.


Trois cursus, 66 étudiants seulement

La suite du « cours » est plus pratique et directement lié à la création du campus haut-savoyard, qui a ouvert ses portes dès le 28 août. 100% en présentiel – avec toutes les précautions d’usage, cela va de soi – et sans, pour l’heure, avoir été confronté au moindre cas positif de Covid, malgré plusieurs « cas contacts finalement testés « négatif » », détaille Aurélien Eminet, qui précise que l’Ucly a déjà préparé son organisation et ses moyens techniques pour être prête à basculer en « distanciel » si nécessité.

Seuls 66 étudiants ont intégrés le campus « Ucly Alpes Europe » (c’est son nom officiel) : 40 en droit, 17 en bachelor in business et 9 en bachelor droit et management. Il s’agit à chaque fois uniquement de la première année ; les rentrées en 2e puis 3e année se feront respectivement en 2021 et 2022.

La formation en droit débouchera sur une licence, donc un diplôme d’Etat, grâce au partenariat signé avec l’Université Savoie Mont Blanc (lire Eco Savoie Mont Blanc du 14 février 2020), qui sera la véritable autorité délivrante. Les bachelors, eux, sont encore pour le moment des diplômes « maison » mais depuis le printemps le principe d’équivalence du bachelor avec la licence est acquis, ce qui est un vrai changement (pour la poursuite des cursus au niveau européen, notamment) : reste à la commission nationale d’évaluation (la CEFDG) à évaluer quelle formation en est digne.


Hors des radars de Parcoursup

« Soixante-six étudiants, c’était notre hypothèse basse », reconnaît le recteur. La situation sanitaire a joué. Mais, surtout, l’Ucly n’est pas parvenue dans les temps à décrocher son référencement sur Parcoursup, la plateforme web nationale de préinscription en première année de l’enseignement supérieur.

Les 66 étudiants inscrits sont donc tous des jeunes qui avaient déjà entendu parler du nouveau campus et qui ont directement pris contact avec l’Ucly pour s’inscrire. Selon toute vraisemblance, l’Ucly Alpes Europe aura son référencement Parcoursup pour la prochaine rentrée et devrait donc recevoir beaucoup plus de demandes.

Petite précision :  pas moyen, pour celles et ceux qui découvriraient seulement maintenant l’existence du campus, de prendre le train en route. Les formations ayant débuté fin août, l’Ucly estime qu’il serait trop difficile de rattraper le retard. et ne prend donc plus d’inscription pour cette année.

Salle de classe et ambiance rentrée pour la présentation de l’Ucly Alpes Europe.


1 000 étudiants en 2025

Car évidemment l’Ucly n’a pas ouvert un campus pour quelques dizaines d’individus seulement. La Catho, comme elle est couramment appelée à Lyon, voit grand : un millier d’étudiants d’ici 5 ans. Le temps de se faire connaître et de disposer de locaux adéquats. Car pour l’heure l’Ucly est hébergée dans ce qui doit devenir une extension du lycée Saint-Michel.

C’est aussi cet établissement d’enseignement secondaire privé qui va construire les futurs locaux de l’Ucly, juste à côté du lycée. C’est-à-dire au pied de la Visitation et du Semnoz, donc plutôt à l’opposé, géographiquement, du campus de l’université de Savoie (Annecy-le-Vieux).


« Pas un centime de subvention publique »

Que ce soit pour les locaux actuels ou pour les futurs, l’Ucly est/sera un locataire ordinaire. « Nous n’avons pas de conditions préférentielles », a bien insisté le recteur. Pas non plus de relations autres que celles de locataire à propriétaire. « Et l’Ucly n’a pas touché un centime de subvention publique. »

Une précision destinée à éclairer les débats qui ont émergé lors de l’annonce du projet, il y a quelques mois, comme nous en faisions état sur notre site en janvier. La fédération de la Libre pensée et le Parti socialiste étaient notamment monté au créneau pour dénoncer le soutien de la Région (2 millions d’euros), du Département et de l’Agglomération (1,5 M€), qui, a eux trois, vont apporter la moitié des 10 millions nécessaire au projet.

Il est à noter que les élections municipales et la grande volonté d’ouverture affichée par la nouvelle présidente du Grand Annecy Frédérique Lardet ont visiblement joué sur le degré de grogne des opposants : lors de la dernière réunion de l’agglo, la gauche s’est contentée d’un froncement de sourcil de principe et de quelques abstentions, avec un seul vote contre, celui de Fabienne Grebert… par ailleurs enseignante à l’Université de Savoie (lire les détails sur le site de notre confrère le Dauphiné.

L’Ucly ne va donc rien toucher de cet argent public. Et c’est l’Association du Faubourg des Balmettes, la structure juridique qui gère l’immobilier du lycée Saint-Michel (situé au numéro 27 dudit faubourg), qui va porter la construction des futurs locaux : un bâtiment de cinq étages signé du cabinet annécien Brière Architectes.

« Les élus m’ont dit redouter le risque de voir Annecy devenir une banlieue de Genève. »

Olivier Artus, recteur de l’Ucly

Les formations de l’Ucly sont hébergées à titre provisoire dans l’extension du lycée Saint-Michel, dont les travaux sont en cours de finition.



Former plutôt que « banlieuriser » ?

Si l’Ucly a choisi Annecy pour grandir hors de son berceau, ce n’est pas un hasard. D’abord, Annecyn’est pas très éloignée de Lyon. Et puis « la Haute-Savoie dispose de deux frontières (ndlr : donc d’une ouverture sur l’international, un thème cher à l’Ucly), d’une population relativement importante, le territoire fait preuve de dynamisme et il y avait une demande locale pour la densification de l’offre universitaire », rappelle Olivier Artus pour explique ce choix.

Et le recteur d’insister sur un point jusque-là peu mis en avant : « les élus m’ont dit redouter le risque de voir Annecy devenir une banlieue de Genève. » D’où leur satisfaction de voir l’offre de formation se muscler : retenir voire attirer les jeunes autour de qualifications supérieures est indispensable pour conserver des entreprises capables d’innover et de grandir.

Faut-il y voir la raison de l’appui financier du Grand Annecy et du Département (Dep74). En tous cas l’argument mérite aussi d’être mis en perspective avec l’autre grand chantier universitaire récemment lancé, celui de la construction par le Département (13 M€d’investissement) de la Maison de l’action publique et internationale, qui doit accueillir à terme (2024) 1200 étudiants en doit, économie, langues et relations internationales.



Complémentarité privé/public

Le directeur du campus, Aurélien Eminet, est titulaire d’un doctorat en science de gestion et professeur à l’Ucly. Mais il est également Annécien d’origine : c’est donc aussi pour sa connaissance du terrain qu’il a été nommé à la tête du campus haut-savoyard.

Le jeune homme n’est pas passé par le lycée Saint-Michel, actuel hébergeur de l’Ucly, ni par un autre établissement de l’enseignement privé catholique. Il a effectué sa scolarité dans le public, notamment aux lycées Lachenal (Argonay) et Fauré (Annecy) puis à l’université de Lyon mais… la publique (Lyon III – Jean Moulin), à l’EM Lyon et à l’université (publique, toujours) Paris Dauphine.

« Moi aussi, vous savez, j’étais dans le public ! », glisse à son tour Olivier Artus. Devenu prêtre et théologien après avoir achevé ses études de médecine, le recteur de l’Université catholique de Lyon dispose ainsi d’un argument de plus pour son prêche en faveur de « la complémentarité et non la concurrence » entre l’Ucly et les formations publiques.

Le futur campus de l’Ucly sera situé juste derrière le lycée Saint-Michel rue de la Cité.

Photos : Eric Renevier


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