Prix des matières: les entreprises dans le gaz

par | 12 juillet 2010 à 10H27

4,5 % de hausse pour les particuliers, et entre 5,5 % et 7,4 % pour les entreprises : la hausse des prix du gaz va – encore – impacter l’activité économique. Mais au fait, comment et pourquoi ces tarifs sont-ils revus ? Peut-on passer entre les gouttes ?
Autant dire que la question n’est pas si évidente. Si GDF Suez a refusé d’y répondre, Charlotte de Lorgeril, consultante chez Sia Conseils, un cabinet de conseil de management et stratégie décrypte le système.
« Avant 2010, le gouvernement statuait tous les trimestres sur une éventuelle évolution des tarifs du gaz et requérait l’avis de la commission de régulation de l’énergie (CRE), explique-t-elle. Mais depuis cette année, le mode de fixation des prix a changé : le gouvernement a souhaité se désengager et dépolitiser le débat. Ainsi, une fois par an, GDF Suez, l’opérateur historique, propose l’évolution des tarifs et saisit la CRE. Celle-ci rend dorénavant un avis consultatif et valide les propositions de GDF ». Une validation qui intervient en fonction de critères précis. Ainsi, les tarifs doivent refléter les coûts d’approvisionnement de GDF, comme l’achat, le cheminement, le stockage et la commercialisation du gaz. Mais la formule prend aussi en compte l’évolution de l’euro par rapport au dollar, et surtout, le cours du pétrole. Et ce dernier point fait débat au point que la CRE lance un audit dont les conclusions seront rendues publiques en septembre. En effet, cette indexation sur le cours de pétrole pour les contrats longs termes, « devait éviter une fluctuation brutale des prix du gaz, rappelle Charlotte de Lorgeril. Mais ce que l’on voit depuis peu, c’est une déconnexion des prix du gaz et du pétrole ». Si les cours du pétrole ont augmenté de 25% en 2009, ceux du gaz ont … diminué de 20 % ! On comprend mieux la question du mode de calcul. Or, le gaz est soit acheté ou produit par GDF, soit résultent de la négociation sur le marché au comptant, que l’on appelle spot, permettant des échanges ponctuels au jour le jour. « Le spot est le marché au comptant portant sur les devises, les taux ou les matières premières. Il s’agit du marché sur lequel sont réalisées les opérations pour livraison et règlement immédiat », précise Charlotte de Lorgeril. Et c’est un fait, en matière de gaz, l’offre est beaucoup plus importante que la demande.
« Les dépenses d’énergie sont de plus en plus importantes pour les entreprises selon les secteurs d’activité, note Charlotte de Lorgeril. Les postes de dépenses sont nombreux et impactent la rentabilité des sociétés et l’on remarque une volonté de leur part de faire des efforts pour réduire la facture énergétique ». Et si l’offre est plus importante que la demande, cela induit une baisse significative des prix du spot alors que les contrats classiques long terme, eux, augmentent. Mais alors, comment GDF justifie-t-il les augmentations demandées ? « Il l’explique par un effet de rattrapage, confie la consultante de Sia Conseils. Apparemment, en 2008 et 2009, les hausses n’avaient pas permis de répercuter l’accroissement des coûts d’approvisionnement. Mais augmenter aujourd’hui les tarifs réglementés du gaz montre le décalage avec la réalité du marché, le prix spot étant plus faible, de moitié ». Et oui ! Alors, pourquoi continuer à payer plus cher ? Une solution existe : « dans les contrats longs termes des entreprises, il est prévu, au cas par cas, des formules de prix spécifiques qui peuvent être négociées. En outre, il existe une clause qui fixe le minimum d’achat de matière à effectuer dans la période du contrat ». Et selon elle, les prix du gaz sur le marché libre ou « spot » sont deux fois inférieurs à ceux des contrats longs termes. Ceci a donc conduit les consommateurs engagés sur le long terme avec des fournisseurs à ne prélever que la part minimale prévue dans leur contrat, le reste de leur besoin étant acheté sur les marchés spot où les prix sont beaucoup plus attrayants. Rien n’empêche donc un industriel d’en prendre le minimum syndical, et se fournir, pour couvrir l’intégralité de ses besoins, sur le marché comptant. « C’est pour cela que les entreprises ont tout intérêt à revoir leur façon de s’approvisionner », remarque Charlotte de Lorgeril.
Un effet de levier, selon elle et un argument de choc pour vous permettre de renégocier au mieux vos tarifs avec vos fournisseurs. « Ce phénomène va créer un phénomène de concurrence entre les fournisseurs et permettra en tout cas de donner davantage de marges de manœuvre aux industriels pour négocier leurs tarifs». Pour payer, oui, mais le juste prix !

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