Une parité réelle est-elle envisageable ?

Une parité réelle est-elle envisageable ?

Elles sont quatre femmes, maires, maire adjointe, députée. Toutes sont investies dans des fonctions électives locales et témoignent sur ce monde politique qui a encore du mal à se conjuguer au féminin.

En France, on dénombre 16 % de femmes maires. Toujours au niveau national, les conseils départementaux sont présidés par des femmes dans 9,9 % des cas (jamais encore dans l’Ain). Au niveau des intercommunalités, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 34,6% de femmes siègent dans les conseils et elles sont 20% à être inscrites dans les exécutifs, tandis que 92% des communautés de communes françaises sont présidées par un homme. Heureusement que la loi du 4 août 2014 « pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes » est passée par là ! Si cette loi a pu induire un impact non négligeable dans les communes de plus de 1000 habitants, en instaurant la parité, les autres communes et donc, les interco, ne sont pas concernées.

Qu’en est-il du paysage politique de l’Ain, un an peu ou prou avant les prochaines élections municipales ? On dénombre dans notre département 14% de femmes maires, aucune à la tête du Département ou d’une intercommunalité. Est-ce étonnant ? Pas vraiment, répondent nos interlocutrices.

« Pourquoi les femmes ne s’engagent pas davantage dans la sphère politique ? Je crois qu’il existe une forme d’autocensure des femmes aujourd’hui, la même qui peut les freiner, d’ailleurs, pour accéder à d’autres postes à responsabilités dans le privé », considère Isabelle Maistre, 31 ans, élue en 2014, diplômée en sciences politiques orientation Master politiques publiques et aujourd’hui deuxième adjointe à la mairie de Bourg-en-Bresse, déléguée à la proximité, aux travaux et à l’environnement. « De plus, il y a des moments, dans la vie d’une femme, où elle ne peut pas être pleinement disponible pour la vie publique, si elle fait le choix d’avoir des enfants. Or aujourd’hui, la répartition des tâches entre les hommes et les femmes dans notre société, la contraint souvent à redoubler d’efforts sur ces périodes de vie, dans la sphère privée. Articuler vie professionnelle, politique et privée, c’est faisable… à condition d’être épaulée. Enfin, pour que les femmes se fassent une place, il faut que les hommes leur en laissent ! Sur le département, on est encore régulièrement, sauf sur Bourg, inscrits sur une répartition très classique des rôles entre les hommes et les femmes. Une adjointe à l’urbanisme ou aux travaux, c’est assez rare. Il va pourtant falloir que le tournant soit pris. C’est aussi aux hommes qu’il revient, dans leurs prises de décisions, de faire bouger les lignes. »

Faire bouger les lignes

Christiane Colas, maire de Confrançon, est investie dans la vie publique locale depuis 25 ans. Figure emblématique du paysage politique de l’Ain, elle a exercé son premier mandat en 1995, en tant que maire-adjointe. Aujourd’hui, c’est son troisième mandat d’édile. « Lorsque j’ai débuté, j’étais infirmière de nuit à Fleyriat, avec trois enfants. J’ai par la suite stoppé mon activité professionnelle… Cette perspective peut effrayer les femmes. Dans certains pays, les maires deviennent salariés de l’État, tout en conservant leur place dans la vie professionnelle. En France, cela n’existe pas… La question du statut de l’élu se pose et se posera, c’est évident. D’autre part, j’entends encore certains élus se demander s’il faut vraiment instaurer la parité, notamment dans les communes de moins de 1000 habitants, non encore assujetties à cette obligation : ce à quoi je réponds qu’il n’y a que comme cela qu’on y arrivera ! Cette loi ne s’applique pas aux communautés de communes. Pour prendre l’exemple de la communauté d’agglomération de Bourg, sur un exécutif de 26 personnes, on compte cinq femmes : trois vice-présidentes, deux conseillères. À l’origine, je n’étais pas féministe, mais je le suis devenu ! »

Pour Olga Givernet, députée de l’Ain, l’engagement politique a été un peu plus tardif. Désignée en 2014 conseillère municipale déléguée à la mairie de Saint-Genis-Pouilly et conseillère communautaire pour la communauté de communes du Pays de Gex, elle a été élue en 2016 conseillère régionale, puis députée en juin 2017. Cette ingénieure en aéronautique a également cessé son activité professionnelle devant la charge inhérente à la fonction de parlementaire, « entre les déplacements à Paris et le travail en circonscription ». Mère de trois enfants, elle s’est évidemment interrogée, à l’aube de son engagement politique, sur l’organisation qu’allaient requérir les réunions le soir et les évènements les week-ends. « Les autres élus ont su me rassurer, décrit-elle. Je bénéficie de soutien, les tâches qui incombent aux femmes sont toujours très importantes, le but est de s’enlever de la charge mentale pour être dédiée à son mandat. Les hommes se posent peut-être moins la question de la présence pour la famille, ou peut-être que l’on s’en soucie moins. Si la problématique est valable pour tout le monde, je pense qu’il existe bien davantage d’autocensure chez les femmes. Est-ce que cela justifie le fait qu’aussi peu de femmes s’engagent en politique ? De nombreuses femmes ne veulent pas s’exposer, être sur le devant de la scène. Il faut prendre également en compte un phénomène dont on parle finalement peu : il s’agit de la violence du monde politique. On parle “d’arène” politique… »

Et pour se doter des meilleures armes possibles avant d’entrer dans cette arène, Pascale Guillet, déléguée départementale des droits des femmes de l’Ain, s’investit pour l’association Regards de femmes, laquelle promeut l’engagement des femmes dans la sphère politique. Préparer les femmes à présenter leur candidature, lever les blocages qui les empêchent de s’engager, comptent parmi les missions de l’association. Des journées de sensibilisation gratuites seront ainsi organisées dès la rentrée de septembre, notamment sur ces thématiques : connaître le fonctionnement d’une collectivité territoriale, savoir communiquer et enfin, savoir gérer son temps. Des outils précieux pour permettre à celles qui représentent la moitié de la population, de prendre le parti de l’engagement politique.


Pascale Guillet

Déléguée départementale des droits des femmes de l’Ain

Pascale Guillet« La parité en politique, si elle est réelle dans les équipes municipales concernées (communes de plus de 1000 habitants), n’est pas réellement observée pour les postes de maires. Ainsi, les femmes se retrouvent disqualifiées au niveau des intercommunalités. De nombreux élus, notamment anciens dans leur mandat, ne souhaitent pas se représenter en 2020, devant la complexité actuelle du mandat électif. Il va y avoir de la place ! Les femmes peuvent se les approprier. Nous dénombrons de nombreuses petites communes non assujetties à la loi pour la parité, ce qui contribue à expliquer la raréfaction des femmes maires. Les pratiques doivent pourtant évoluer. Au niveau de l’organisation, des conseils municipaux durent parfois de 20h à minuit, alors que l’on pourrait être plus rapide, plus efficace, en envoyant par exemple les dossiers en amont, on gagnerait du temps dans les petites communes. Enfin, les femmes sont encore trop souvent cantonnées à l’action sociale, l’éducation ou l’enfance qui ne sont pas des domaines réservés ! Elles peuvent être compétentes sur bien d’autres sujets. »


Élections et législation

Le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes constate que certaines institutions échappent encore aux règles de la parité : les communes de moins de 1 000 habitants et les intercommunalités. « En l’absence de contrainte paritaire, l’égalité n’advient pas. C’est ainsi que les femmes ne représentent qu’un tiers des conseils des intercommunalités, un peu plus d’un tiers des conseils des communes de moins de 1 000 habitants et seulement 20 % des exécutifs des intercommunalités. Une autre zone blanche subsiste, à tous les échelons territoriaux : le tandem à la tête des collectivités. Plus de la moitié des départements et près de trois quarts des régions comportent un tandem masculin “président/premier vice-président”. » Ainsi, le Haut Conseil à l’Égalité, l’AMF, l’ADCF, Villes de France, l’APVF et France urbaine travaillent sur le sujet de la parité à l’échelon local pour atteindre, à terme, la parité dans les conseils et les exécutifs du bloc communal.


Par Myriam Denis

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