Même si le Parc de Chesnes est la première plateforme logistique terrestre de France, le secteur peine quand même à recruter et doit se réinventer.

«Au sein de chaque foyer nordisérois, quelqu’un travaille, ou, a travaillé dans la logistique. Sur ce territoire, plus d’un emploi sur quatre est issu de ce secteur, contre un sur dix pour la France ! Paradoxalement, il nous faut promouvoir ces métiers ! ». Thomas Daudré- Vignier, Président du Pôle Intelligence Logistique (PIL’es), le concède bien volontiers : son secteur opère une mutation profonde mais il traîne aussi une mauvaise réputation.

Pourtant, si la logistique d’autrefois impliquait 80 % de tâches de manutention, avec une pénibilité qui ne suscitait pas des vocations, celle du présent s’affaire à lutter contre les préjugés. La logistique combine l’ensemble des opérations qui relient un fournisseur à un client. Ses métiers hétéroclites vont de la réception de marchandises et préparation de commandes au stockage, en passant par le transport, la distribution et le management dans les domaines du commerce, tourisme ou sanitaire.

Ce panel de compétences requises pousse à des recrutements à tous niveaux de formation, du CAP au Master 2 – Bac +5. « La logistique, ce n’est pas qu’un gars qui pousse un carton ! », s’agace Thomas Daudré- Vignier, « elle propose des postes d’ingénieurs améliorations continue, des responsables en ressources humaines… ».

“Rendre à la logistique ses lettres de noblesse”

Alors que l’envol du e-commerce booste l’activité logistique comme jamais, 60 % des employeurs rencontrent des difficultés de recrutements. Tout le paradoxe d’un secteur qui, en Nord-Isère, ne peut passer inaperçu, avec ces 2,3 millions de m² d’usines logistiques répartis sur les 1000 ha du Parc International de Chesnes [ndlr : 5 % des surfaces logistiques françaises et 45 % de la logistique en Rhône-Alpes].

« Nous sommes clairement en pénurie de main d’oeuvre, et pourtant, cette filière offre de vraies carrières », certifie Gilles Boyer, Directeur régional d’AFTRAL (Apprendre et se Former en Transport et Logistique), qui va ouvrir au printemps prochain à Saint-Quentin Fallavier un centre pour former jusqu’à 5 500 stagiaires par an. « Nous devons rendre à la logistique ses lettres de noblesse », martèle, quant à lui, Thomas Daudré-Vignier. Le secteur fut l’un des premiers touchés par la révolution numérique dès les années 1990 avec l’arrivée des premiers terminaux mobiles, des chariots autonomes et dépôts automatisés.

À l’heure du big data, les outils de haute technologie les plus perfectionnés s’invitent dans les allées des entrepôts, comme les applications digitales pour faciliter la traçabilité des produits ou les capteurs pour fiabiliser la distribution. Des inventaires se font même désormais à l’aide de drones et des tests sont effectués avec des exosquelettes industriels pour soulager les préparateurs de commandes et réduire de 40 % la charge sur le dos !

« 80 % des postes sont des emplois en CDI ! »

Limiter les contraintes physiques génère une tendance à la féminisation avec 34 % de salariées, selon les derniers chiffres du Pil’es, qui invite ses 131 entreprises adhérentes à mettre l’accent sur la qualité de vie au travail. Toolog, filiale logistique de Spartoo. com, le leader européen de la vente de chaussures en ligne, propose à son personnel des petits déjeuners d’expression libre ou des réunions d’amélioration continue.

Son directeur général, Stéphane Bulliod, teste des emplois du temps aux horaires aménagés pour les femmes seules avec enfant. Résultat, en 2019, Toolog a enregistré un taux d’absentéisme de 2 %. Contrairement à certaines idées reçues, « 80 % des postes sont des emplois en CDI ! », rappelle Eric Faitout, responsable du site IKEA à Saint-Quentin Fallavier.

La moyenne d’âge des salariés de ce secteur dans le département est de 35 ans tandis que 63 % résident à moins de 15 km de leur lieu de travail. Particulièrement concerné par la digitalisation, l’essor du commerce électronique et, fort de ses 4,2 milliards d’€ annuels sur le territoire de la CAPI, la Logistique iséroise sait pertinemment qu’elle doit continuer à dépoussiérer son image.

Les métiers de la logistique, peu considérés, offrent au contraire de nombreuses possibilités d’évolution qui devraient plus séduire les jeunes (archives de la Biennale de la Logistique 2019).

Fidéliser au maximum les salariés

L’explosion du e-commerce en France (415 M de transactions au second trimestre 2019. Source : FEVAD) a un impact direct sur La Logistique. Pour y répondre, avec des métiers déjà en tension « l’intelligence artificielle est une aide mais ne peut remplacer l’humain », assure Thomas Daudré-Vignier. Le Pôle d’Intelligence Logistique a mis en place une plateforme de mobilité, inter-entreprises.

Ce partage d’offres d’emplois aide les entreprises à enrôler et évite la fuite des bons collaborateurs. Des formations internes existent, notamment pour palier l’un des gros enjeux de la Logistique : le recrutement de chefs d’équipe et de managers. A noter que la CAPI et le Pôle d’Intelligence Logistique, qui partagent l’ambition de développer l’attractivité de la logistique – au bénéfice des entreprises, des salariés/habitants et du territoire – oeuvrent dans un partenariat.


Par Jérémy Durand


Cet article est paru dans votre magazine ECO Nord Isère du 13 décembre 2019. Il vous est exceptionnellement proposé à titre gratuit. Pour retrouver l’intégralité de nos publications papiers et/ou numériques, vous pouvez vous abonner ici.