Les cellules “investigation” de Radio France et du Monde ont mené une vaste enquête sur les eaux minérales (1). Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les pratiques de certains minéraliers ne sont pas aussi limpides et transparentes que de l’eau pure.
Tout serait parti d’un signalement aux autorités effectué par un salarié du groupe Alma, l’un des poids lourds français du marché. La répression des fraudes (la DGCCRF de son acronyme officiel) aurait alors constaté des pratiques de traitements et filtration, normalement interdites sur des eaux minérales censées être naturellement pures. De là – en remontant à l’un des fournisseurs de filtres et à son fichier clients –, la DGCCRF aurait élargi son enquête et placé aussi Nestlé Waters dans son viseur.
La filiale du mastodonte helvétique [94,4 milliards de francs suisses de CA 2022, plus de 16 MdCHF de résultat opérationnel courant et « 181,3 milliards en espèces versés aux actionnaires au cours des quinze dernières années (2008-2022) », s’enorgueillit Nestle.com] aurait alors été reçue par le gouvernement.
« Si les révélations de mes confrères se confirment, nous sommes dans un cas de collusion entre une multinationale et les plus hauts sommets de l’État, au détriment du consommateur-citoyen. »
Loin d’être sanctionnée, elle aurait obtenu des dérogations pour maintenir certaines de ses pratiques. Mais, faute d’en être informé, le consommateur a donc continué à acheter au prix fort (environ 100 fois plus chère que l’eau du robinet) une eau qui n’était plus « minérale naturelle », malgré ce que disait l’étiquette.
Vous connaissez ma soif de transparence et ma conviction profonde que le partage libre de l’information est l’un des piliers du bon fonctionnement d’une société démocratique. Là, si les révélations de mes confrères se confirment, nous sommes dans un cas de collusion entre une multinationale et les plus hauts sommets de l’État, au détriment du consommateur-citoyen.
Il ne s’agit pas de mettre tout le monde dans le même sac, mais, en ne divulguant pas les rapports de ses services (Igas et DGCCRF), l’État laisse planer l’opprobre sur l’ensemble de la profession. Or, les eaux d’Aix-les-Bains, de Thonon ou d’Évian, par exemple, ne sont pas citées dans les enquêtes (2). Il s’agit encore moins, pour notre hebdomadaire, de méconnaître le poids socio-économique de l’eau minérale : des milliers d’emplois sont en jeu dans le pays (la perte du statut d’« eau minérale naturelle » remettrait en cause le modèle économique des sociétés exploitantes).
« Et, alors que le nombre d’agents de contrôle des eaux de consommation est à la baisse, l’heure est-elle vraiment à la diminution des normes, comme le réclament certains manifestants en tracteurs ? »
Mais de rappeler qu’à l’heure des infox en ligne et du mécontentement généralisé, les élites économiques et politiques se doivent d’être exemplaires. Et pas complices dans la tromperie. Et, dans le contexte de la révolte des agriculteurs, ces révélations Le Monde – Radio France interrogent aussi : si même les puits d’eau minérale – pourtant sous surveillance et protégés – sont contaminés par des bactéries issues de l’agriculture (les articles citent notamment des « métabolites de pesticides » et des « contaminations fécales »), où diantre reste-t-il un environnement préservé dans notre pays ?
Et, alors que le nombre d’agents de contrôle des eaux de consommation est à la baisse, l’heure est-elle vraiment à la diminution des normes, comme le réclament certains manifestants en tracteurs ?
(1) À lire sur www.francetvinfo.fr et www.lemonde.fr.
(2) Nous avons contacté les minéraliers locaux. Évian indique que ses eaux minérales naturelles « ont toujours répondu aux exigences de qualité et de conformité en vigueur » et souligne son travail historique de protection de la ressource. Le groupe Alma assure, lui, que « la marque Thonon n’est aucunement concernée par cette enquête ».
ÉRIC RENEVIER
RÉDACTEUR EN CHEF
e.renevier@groupe-ecomedia.com
Crédit photo : Engin Akyurt sur Unsplash








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