Dans son édito, Myriam Denis revient sur la circulaire du ministère de l’Intérieur concernant l’étiquetage politique (ou non) des listes candidates aux prochaines municipales. Une manœuvre grossière pour gonfler les résultats de La République En Marche ?

Myriam Denis La situation pourrait prêter à sourire si elle n’était pas aussi désolante. Ou ridicule. Ou les deux. Remarquez, ce qu’il y a de bien avec le pouvoir, c’est qu’il vous confère des pouvoirs magiques. Celui d’élaborer une circulaire pour se mettre en valeur, par exemple. C’est l’idée de Christophe Castaner. Le ministre de l’Intérieur a décidé, en accord avec lui-même, de faire passer aux préfets une circulaire, discrètement avant les fêtes, laquelle modifie délicatement les règles relatives à l’attribution d’une nuance politique aux listes élues pour les municipales. En effet, lorsqu’un/e candidat/e se déclare auprès de la préfecture, il choisit une étiquette politique… ou pas. L’aspirant édile peut tout à fait ne pas vouloir être “affilié” à un parti. Ainsi, lors de l’élection municipale, le/la préfet/e se voit conférer la lourde tâche de lui adjoindre une nuance politique, laquelle doit apporter une certaine lisibilité à l’élection. Certaines communes ne voyaient vraisemblablement pas d’un très bon œil le fait d’être cataloguées de telle manière. Alors Christophe Castaner, dans un souci d’efficacité manifeste et soudaine, a acté, quelques mois avant une élection “à risque” pour le parti majoritaire, de modifier les règles du jeu. Désormais, seules les communes de plus de 9000 habitants seraient nuancées politiquement. Soit, mais en l’état actuel des choses, cela revient à dire que 96% des communes françaises et 52% du corps électoral ne feront pas l’objet de cette couleur politique assignée. Pratique, quand on sait que l’électorat LREM se concentre majoritairement sur les plus grandes villes… Habille, très habille. Mais en termes de temporalité, un peu proche du calendrier électoral pour que la pilule passe facilement.

« CHRISTOPHE CASTANER, DANS UN SOUCI D’EFFICACITÉ MANIFESTE ET SOUDAINE, A ACTÉ, QUELQUES MOIS AVANT UNE ÉLECTION “À RISQUE” POUR LE PARTI MAJORITAIRE, DE MODIFIER LES RÈGLES DU JEU. »

Dans notre département, les réactions ne se sont pas fait attendre. Deux élus municipaux LR et candidats au futur scrutin printanier, Alexandre Nanchi et Elisabeth Laroche, ont déposé un recours devant le Conseil d’État, contestant la légalité de cette circulaire. Soutenus par Damien Abad, président des LR de l’Ain et du groupe LR de l’Assemblée nationale, les deux élus auront-ils gain de cause ? À droite comme à gauche, on a tout intérêt à ce qu’elle soit invalidée, au regard de l’ancrage local qui caractérise ces partis. Il conviendra de préciser également l’interprétation du texte : son objectif est-il d’interdire la nuance politique aux communes de moins de 9000 âmes, ou de limiter le nuançage d’office ?

En second lieu, une directive très claire est adjointe à la circulaire : une nuance “liste divers centre” fait son apparition, dès lors que LREM soutien une liste, sans que celle-ci soit nécessairement investie par LREM, le Modem ou l’UDI. Certaines listes ont été soutenues par des partis sans réellement en avoir fait la demande, préviennent des spécialistes des sciences politiques. Que se passera-t-il lorsqu’une liste sera soutenue par LREM et PS, ou LR ? Bref, un maquis innommable, d’où le parti de la majorité espère bien sortir vainqueur. En se concentrant sur les 4% de communes les plus grandes, on se valorise, voire on se survalorise dans l’élection. Cependant, un autre parti pourrait bien tirer avantage de ce jeu de chaises musicales, c’est EELV, bien représenté dans les grandes villes.

Quoi qu’il en soit, à vouloir manipuler pour gagner, personne ne sortira vraiment par le haut des prochaines municipales, si la circulaire est maintenue en l’état. Cela risque de jeter encore un peu plus le discrédit sur les hautes sphères politiques, ce qui pourrait bien s’en ressentir sur les échelons locaux.

Myriam Denis
Rédactrice en chef
m.denis@eco-ain.fr

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