Myriam Denis remercie, cette semaine dans son édito, ceux qui ont participé à la collecte pour la Banque alimentaire.

Myriam DenisDes hommes, des femmes, des enfants. Des grands, des petits, des tout maigres, des plus ronds. Des bien habillés, des pressés, des tranquilles. Certains dans la poussette, avec le doudou qui pend au bout du bras, ou qui sautent à pieds joints comme si rien n’avait d’importance, dans cette insouciance folle de l’enfance. Des courbés par les ans, ployés par l’âge, le regard vif et les mains tremblantes, avec l’air de ceux qui en ont déjà tellement vu. Des mères de famille, le chariot rempli de victuailles, l’air soucieux de celles qui se préoccupent de leur tribu, se demandant si elles n’ont rien oublié. Des ados ou des jeunes adultes, on ne sait pas bien, le sourire déjà fané, une main sur le sac de course, une autre sur le téléphone, ce cordon ombilical virtuel qui ne les quitte jamais. Des messieurs qui prennent toujours la même chose, des esseulés, ou des tribus complètes à la voix tonitruante.

On a bien le temps de les observer, nos semblables, toutes catégories sociales confondues dans ce grand brassage, à l’heure où tout un chacun se réunit, sans vraiment y penser, dans le même but commun : faire ses courses. Aussi prosaïque qu’elle puisse paraître, l’occupation nous concerne tous et toutes. Et le week-end dernier, la Banque alimentaire s’est de nouveau mobilisée, avec tous ses bénévoles et dans la France entière, pour collecter, dans les supermarchés, des produits redistribués ensuite à celles et ceux qui n’ont pas la chance de pouvoir faire leurs courses “comme les autres”. Les besoins vont crescendo dans notre beau pays. La misère est partout : villes et villages, métropoles et campagnes, elle s’insinue, sournoise et latente, frappant les gens venus d’ailleurs, les petits revenus, les personnes âgées aux faibles ressources… Les familles, les solos, les mono-parentaux sont de plus en plus nombreux à pousser la porte des associations pour se nourrir : Restos du cœur, Croix Rouge, etc.

« CETTE MULTITUDE DE PETITS GESTES RÉCHAUFFE LE CŒUR : TANT QU’EXISTE CETTE SOLIDARITÉ, LA MISÈRE N’AURA PEUT-ÊTRE PAS RAISON DE NOTRE HUMANITÉ. »

À l’accueil du magasin, les bénévoles au sourire aimable et à l’inébranlable volonté distribuent leurs tickets aux clients, expliquant, sans relâche, les produits qui peuvent aider autrui, pourquoi, comment. Des clients s’en saisissent, véritablement intéressés. D’autres vont passer leur chemin, faisant mine de ne pas voir le bénévole en gilet orange vif. D’autres prendront le ticket, mais ne daigneront pas y jeter le moindre coup d’œil. À la sortie des caisses, pas de racolage : les bénévoles se tiennent derrière leur chariot, l’air heureux lorsqu’il se remplit de victuailles, lesquelles ont prestement transférées à la Banque alimentaire. Des gens s’approchent, souvent timides, donnent “ce qu’ils peuvent”, et c’est déjà beaucoup. Parfois, ils glissent une petite phrase : « j’ai connu une période de précarité dans ma vie, alors maintenant, je donne », « mon fils est au chômage, c’est compliqué pour lui ». Cette multitude de petits gestes réchauffe le cœur : tant qu’existe cette solidarité, la misère n’aura peut-être pas raison de notre humanité.

Et pour finir, deux citations qui prêtent à réfléchir : « Les grandes douleurs sont muettes, les petites colères sont une source incomparable de solidarité », Jean Dion.

« La solidarité gratuite est le prix à payer pour honorer sa dette accablante de l’indifférence », de Serge Zeller.

Myriam Denis
Rédactrice en chef
m.denis@eco-ain.fr

Les préparatifs de la grève du 5 décembre, vus par Faro