DOSSIER BANQUES 2/5 – Après le report des échéances, nous nous intéressons à la deuxième grande mesure d’exception à destination des entreprises mise en place pendant cette crise du coronavirus : le Prêt Garanti par l’Etat (PGE). Un prêt dont vous pouvez retrouver les modalités pratiques et les détails techniques ICI, ICI ou encore ICI. Tour d’horizon de sa mise en place dans la région avec les dirigeants de la Banque Laydernier, de la Banque Populaire Auvergne-Rhône-Alpes, de la Caisse d’Epargne et du Crédit Agricole.
« La mise en place du Prêt garanti par l’Etat (PGE) a démarré vers le 25 mars. La demande a d’abord concerné les professions libérales, les artisans, commerçants, et les petites entreprises, les PME prenant un peu plus leur temps : en quatre semaines, elle représente l’équivalent de 70% des crédits que nous avons accordés sur toute l’année 2019 ! C’est un travail énorme de traitement en interne ! », explique Alain Méline, président de la Banque Laydernier.
« Nous avons déjà ouvert 2 500 dossiers pour 250 M€ au total. Les professionnels (NDLR : indépendants, TPE, petites PME jusqu’à 5 M€ de chiffre d’affaires) représentent 92% de ces dossiers, dont 46% pour le commerce et l’hôtellerie et 34% pour l’artisanat, . Les entreprises de plus de 5M€ de chiffre d’affaires comptent pour 5% des dossiers en nombre mais 58% en montant et les agriculteurs pour 3%. »
Les CADS reçoit encore 200 à 300 demandes nouvelles chaque jour. « Ce n’est qu’un début. Nous estimons qu’entre un tiers et la moitié des professionnels sont potentiellement concernés par le PGE », analyse le directeur général adjoint. En termes de montant moyen de ce PGE, il atteint 68 000 euros pour les professionnels « mais, les nouvelles demandes sont plutôt supérieures et nous nous orientons davantage vers les 100 000 euros en moyenne ». Pour les entreprises (CA > 5 M€) la moyenne actuelle est proche de 790 000 euros mais, là aussi, la situation évolue constamment.

A la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes (Cera), plus de 3 200 demandes pour un total de 500 M€ avaient déjà été reçues mi-avril et près des deux tiers (2 000 demandes / plus de 300 M€) sont déjà instruites. Le taux de refus est extrêmement faible, à moins de 5% : une situation que l’on retrouve dans toutes les enseignes. Et à la Cera aussi, les demandes émanent majoritairement de la clientèle « professionnels » », c’est à dire des libéraux, artisans, commerçants, TPE… de maximum 10 salariés et réalisant moins de 1,5 M€ de chiffre d’affaires en BtoC (ou 3 M€ en BtoB).
« Les grandes PME et les ETI, qui ont plus de capacité financière, prennent plus de temps pour analyser la situation et se décider. Nous nous attendons à une très grosse vague jusque mi-mai voire fin mai puis à un ralentissement de la demande », commente Alain Denizot, président de la Cera. Le montant moyen s’établit à « environ 50 000 euros pour un client « professionnel ». Et entre 500 000 et 600 000 euros pour un client « entreprise ». Notre sentiment est que les entreprises, les petites structures notamment, vont demander la totalité du montant auquel ils ont accès ».
Au niveau de la Banque populaire Auvergne-Rhône-Alpes (BP Aura), plus de 10 000 demandes de PGE ont été traitées à mi-avril, pour 1 milliard d’euros (Md€) : la demande a doublé dans la deuxième quinzaine d’avril. « C’est énorme et c’est le résultat de notre démarche proactive et de nos procédures simplifiées », souligne Cyril Brun, directeur général adjoint. Le montant moyen, tous dossiers confondus, est de 130 000 euros mais il cache une très grande disparité entre « professionnels » (avec ici un seuil à 1,5 M€ de CA), qui sont aux alentours de 75 000 euros en moyenne et les « entreprises », qui sont à environ 400 000 €.
Gros besoins, peur du manque et importance du conseil
Nos différents interlocuteurs sont d’accord sur ce point : les demandeurs du PGE vont aller chercher le montant maximum… sans forcément en avoir besoin ! C’est déjà le cas dans 80% des demandes traitées par la Banque Laydernier. « Il n’y a pas forcément décaissement de toute la somme dans la foulée, précise le président Alain Méline. Mais le client doit trouver que c’est plus simple et il y a peut-être une certaine crainte de manquer de trésorerie par la suite. »
Les banques interviennent alors, parfois, pour freiner leurs clients : inutile de s’endetter sans nécessité, même si les conditions sont exceptionnellement intéressantes (le coût de la garantie de l’Etat est de 0,25% à 2% par an, selon le délai de remboursement et la taille de l’entreprise. La banque ne prélèvent pas d’intérêts propres, se contentant de refacturer les intérêts – très bas actuellement – auxquels elle même emprunte sur les marchés. Elle ne prend pas non plus de frais de dossier).

« Initialement, certains dirigeants ont perçu le PGE comme un « droit de tirage », résume Cyril Brun (BP Aura). Nous leur avons expliqué qu’il fallait agir vite tout en prenant le temps de calibrer son besoin. Il est inutile de sur-quantifier sa demande initiale puisque le dispositif reste actionnable en plusieurs fois et jusqu’au 31 décembre.»
Certaines entreprises ont-elles tendances à sur-emprunter avec le PGE par crainte pour simplement pour profiter des conditions d’emprunt ? Possible, mais toutes les banques préviennent : il ne s’agit pas d’une aide au sens subvention mais bien d’un prêt qu’il faudra rembourser. Et toutes insistent sur le rôle de conseil qu’elles ont joué auprès de leur client : rassurer, expliquer les différents dispositifs à disposition, les aider à placer le curseur (montant du PGE).
Quant à savoir si ce PGE va grever les capacités d’investissements à venir des entreprises, c’est Alain Denizot (Cera) qui a la formule la plus synthétique : «Forcément que cela aura un impact : ça endette davantage l’entreprise… mais ça la sauve !»
Retrouvez les autres parties de ce dossier :
1/5 –Report des crédits : les entreprises disent banco !
2/5 – La déferlante du Prêt garanti par l’Etat (PGE)
3/5 – La reprise, les frontaliers et la montagne
4/5 – La crise, et après : télétravail, sans contact et « big data »
5/5 – Comment les agences sont parvenues à tenir le choc
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