Le glaciologue Jean-Baptiste Bosson donnera le 30 janvier une conférence sur les conséquences de la disparition quasiment inéluctable des glaciers.

“Les glaciers fondent, et alors ? !” Sous ce titre un brin provocateur, le Conservatoire d’espaces naturels de Haute-Savoie (Asters) invite le public à une conférence de son glaciologue Jean-Baptiste Bosson, le 30 janvier à 18 h 30 dans les locaux du Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE), à Annecy. Ouverte à tous, elle devrait permettre de faire comprendre pourquoi la fonte des glaciers met l’humanité tout entière en péril. « Si les glaciers disparaissent, résume le glaciologue, le climat sera modifié sur toute la terre, le niveau marin continuera de monter et cela occasionnera des millions de réfugiés climatiques. Ce sera aussi un cataclysme pour l’eau. »

À +4 °C OU +5 °C, LES SAVOIE RESSEMBLERONT AUX ZONES MÉDITERRANÉENNES.

Jean-Baptiste Bosson, glaciologue

Un constat pour le moins glaçant, étayé par une multitude d’études réalisées par des scientifiques du monde entier. Localement, les prévisions les plus optimistes, qui tablent sur un réchauffement climatique de plus un degré, mettraient déjà bien à mal nos glaciers alpins dont il ne resterait que 40 % du volume en 2100. À plus trois degrés, seul 5 % de leur volume actuel serait encore présent. « Ce qui signifierait moins d’eau dans la région », indique-t- il. Cela irait aussi de pair avec une perte de biodiversité.

« À +1 °C, on va perdre plein d’espèces et l’écosystème va être modifié, mais on peut aussi en sauver une grande partie. À +4 °C ou +5 °C, les Savoie ressembleront aux zones méditerranéennes. » Liée au réchauffement climatique, la fonte des glaciers paraît inéluctable. Tré-La-Tête (photos ci-dessus et ci-contre, au XIXe siècle et aujourd’hui), quatrième plus grand glacier français, a déjà perdu 6 mètres de hauteur entre 2014 et 2018. C’est 10 % de son volume global, soit l’équivalent de plus de 12 500 piscines olympiques ! La fonte s’est accélérée avec les émissions de gaz à effet de serre dont les activités humaines sont responsables.

Une espèce en voie d’extinction

« Les climato-sceptiques sont heureusement une espèce en voie d’extinction. Comment l’être encore quand 7 000 études sur les glaciers et les océans, réalisées par des scientifiques du monde entier, arrivent toutes à la même conclusion, celle de la responsabilité humaine ? », interroge-t-il, faisant référence au dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) dont les publications sont accessibles à tous. Si la prise de conscience commence à poindre, les actes ne suivent pas pour autant.

Exemple avec les Accords de Paris, dont l’objectif est de faire baisser de 40 % les émissions de gaz à effet de serre sur la planète d’ici 2030. La seule France, responsable de 1,34 % de ces émissions, ne tient pas ses engagements : en 2018, elle a émis 445 millions de tonnes au lieu des 426 millions qu’elle s’était fixés.

« L’exécutif est en faillite totale, personne n’applique ces accords ! », enrage Jean-Baptiste Bosson. Quand les États s’en lavent les mains, seuls les citoyens peuvent peut-être agir pour rendre la planète plus propre. « On a dix à quinze ans pour faire quelque chose, après il sera trop tard », prévient-il. Faire quoi ? Mettre le bon bulletin dans l’urne est une première solution. Au-delà, chacun peut changer ses habitudes en prenant moins souvent sa voiture ou l’avion, en consommant moins de viande ou… « en faisant moins d’enfants ». Et aussi en exerçant une pression sur les 100 entreprises responsables de 70 % des émissions de gaz à effet de serre sur la planète.


Par Sylvie Bollard


Cet article est paru dans votre magazine ECO Savoie Mont Blanc du 24 janvier 2020. Il vous est exceptionnellement proposé à titre gratuit. Pour retrouver l’intégralité de nos publications papiers et/ou numériques, vous pouvez vous abonner ici.