ร 65 ans, le petit-fils de lโun des fondateurs de la marque Millet, investisseur et homme dโaffaires reconnu, rachรจte 50 % du capital de Millet Mountain Group et nourrit lโambition de le faire revenir sur le devant de la scรจne. Un retour dans le giron familial qui ne passe pas inaperรงu.
Jean-Pierre Millet, vous avez fait lโessentiel de votre carriรจre dans les affaires et la finance ?
Aprรจs des รฉtudes de gestion ร Paris, et un MBA aux รtats-Unis, jโai rejoint le cabinet Boston Consulting Group, oรน je suis restรฉ six ans ร conseiller les grandes entreprises sur leur stratรฉgie et leur organisation. Aprรจs quoi, jโai fondรฉ, pour une grande famille belge, un groupe agroalimentaire Artal (marque Harryโsโฆ), que jโai dรฉveloppรฉ par acquisitions pendant une dizaine dโannรฉes jusquโร un chiffre dโaffaires dโenviron 700 millions dโeuros en 1996. Annรฉe oรน je reviens ร la finance et crรฉe la filiale europรฉenne de Carlyle, un fonds amรฉricain de private equity que je dirige pendant seize ans. Je fonde ensuite avec deux anciens collaborateurs PrimeStone, un hedge fund activiste qui prend des participations actives dans des sociรฉtรฉs europรฉennes cotรฉes de taille moyenne. Depuis 2019, je prรฉside la CNP, holding privรฉe de la famille Albert Frรจre (ndlr, holding sลur de GBL, sociรฉtรฉ de portefeuille actionnaire de LafargeHolcim, Pernod Ricardโฆ et Adidas).

Le serial investisseur que vous รชtes opรจre-t-il aussi ร titre privรฉ ?
Jโinvestis en direct pour mon propre compte depuis longtemps. Aujourdโhui, je suis actionnaire majoritaire dans lโentreprise dโaviation dโaffaires Jetfly et investisseur dans Canyon (dont lโactionnaire de contrรดle est GBL), une marque de vรฉlos allemande qui ne vend quโen ligne, oรน je siรจge รฉgalement au conseil dโadministration. Une maniรจre de marier mes investissements ร mes passions.
Aujourdโhui, vous rachetez Millet Mountain Group (marques Millet et Lafuma) aux cรดtรฉs de family offices. Plus quโun placement, une histoire de famille ?
Au-delร de mon attachement ร la marque Millet – puisquโelle a รฉtรฉ fondรฉe il y a cent ans par mes grands-parents, puis dรฉveloppรฉe par mon pรจre et son frรจre -, Millet Mountain Group, cโest avant tout la combinaison dโune marque familiale emblรฉmatique et dโun gros potentiel de dรฉveloppement qui, ร mes yeux, nโa pas รฉtรฉ complรจtement exploitรฉ.
Avez-vous pris une participation majoritaire ? Et est-ce ร titre personnel ou par le biais de votre fonds PrimeStone ?
Je dรฉtiens personnellement 50 % des parts et Inspiring Sport Capital (ISC), codirigรฉ par Laurent Damiani et Lucien Boyer, a rรฉuni un pool de six investisseurs privรฉs qui se rรฉpartissent le solde (par tranche de 5 et 10 %). Il sโagit de family offices qui adhรจrent totalement ร ce projet et ont des affinitรฉs avec le sport, lโoutdoor mais aussi la marque. Des personnes qui sont habillรฉes en Millet (rires).
Pourquoi avoir choisi comme partenaire Inspiring Sport Capital (ISC) ?
Inspiring Sport Capital mโa approchรฉ pendant le processus de cession, lorsque Millet Mountain Group รฉtait vendu aux enchรจres par Calida. Plusieurs investisseurs รฉtaient intรฉressรฉs, mais cโest avec ISC que jโai dรฉcidรฉ dโaller de lโavant. Jโai apprรฉciรฉ leur ADN pour investir dans le groupe, et comme investisseurs, nous sommes culturellement assez proches. Leur expertise dans le marketing de marques sportives et le digital est un vrai atout pour dรฉvelopper Millet Mountain Group.
De fait, envisagez-vous de revenir vivre ร Annecy, oรน se situe le siรจge social ?
Je rรฉside depuis dix-sept ans ร Genรจve qui en est trรจs proche et je nโaurai pas de fonctions opรฉrationnelles dans la sociรฉtรฉ. Romain (Millet, arriรจre-petit-fils de lโun des fondateurs et neveu de Jean-Pierre Millet) reste le patron de MMG et continuera ร en assurer avec talent la direction gรฉnรฉrale.
Quel sera exactement votre rรดle ? Et celui de Laurent Damiani et Lucien Boyer dโISC ?
Je serai un actionnaire impliquรฉ, comme dans tous mes investissements. Lucien et Laurent seront des membres actifs du Comitรฉ stratรฉgique que je prรฉside. Cet organe dรฉcidera de la stratรฉgie ร adopter en accord avec le management, et nous interviendrons dans ce cadre.
Justement, quelle est dรฉsormais la stratรฉgie affichรฉe ? Des changements sont-ils envisagรฉs ?
Avec Romain, nous nous inscrivons clairement dans la continuitรฉ de ce qui a รฉtรฉ mis en place. ร la diffรฉrence, et grรขce ร des moyens financiers dรฉcuplรฉs, nous allons accรฉlรฉrer nos investissements dans nos marques et nos produits, limitรฉs ces derniรจres annรฉes par les contraintes des prรฉcรฉdents actionnaires. Nous allons nous attacher ร mieux rรฉvรฉler lโaspรฉritรฉ de ces deux marques auprรจs des consommateurs : Millet avec lโalpinisme et la verticalitรฉ, et Lafuma avec son engagement historique pour la nature. Pour cela, nous avons dรฉfini trois relais de croissance, que sont lโomnicanalitรฉ afin de maรฎtriser plusieurs canaux commerciaux comme lโe-commerce, lโouverture de magasins physiques (notamment aux Galeries Lafayette ร Annecy, pour accentuer notre ancrage local), la digitalisationโฆ Le deuxiรจme levier est notre dรฉploiement ร lโinternational. Nous sommes leader en France et au Japon, mais on doit aussi lโรชtre dans dโautres pays, ร commencer par ceux de lโarc alpin. Enfin, troisiรจme levier de croissance, le renforcement de nos collections par lโinnovation. Nous avons fortement dรฉveloppรฉ nos gammes de skis de rando cet hiver et le prochain, et de trail running.
Quelles sont vos ambitions ร terme ?
Notre mission concernant Millet, cโest de pouvoir permettre ร une personne dโaccomplir son rรชve en montagne, en faisant de cette marque la plus innovante de lโoutdoor. Pour Lafuma, cโest de rรฉpondre aux attentes du client final, qui au quotidien pense ร son impact sur lโenvironnement et veut consommer des marques qui ont le mรชme engagement que le sien. Elle doit รชtre vue comme une des marques les plus durables sur le marchรฉ (100 % des polaires et sacs ร dos sont รฉlaborรฉs ร partir de matiรจres recyclรฉes), au mรชme titre que Patagonia et Vaude.
Dans une logique de transition รฉcologique ? Visez-vous la circularitรฉ des produits ?
Toute cette croissance sera nรฉcessairement durable. Nous sommes sur la trajectoire pour atteindre le net zรฉro en 2030. Qui mieux que nous peut vouloir prรฉserver son territoire. Aujourdโhui, nous avons un impact plus positif que nรฉgatif sur lโenvironnement. Pour y parvenir, nous misons avant tout sur lโรฉcoconception et compensons nos รฉmissions de gaz ร effets de serre en tissant des partenariats avec diverses associations. ร lโinstar dโIce and Life, crรฉรฉe par le glaciologue Jean-Baptiste Bosson pour protรฉger les glaciers, notamment ceux de Chamonix, ou encore 1 % for the Planet. En parallรจle de ces initiatives complรฉmentaires, nous dรฉveloppons le seconde main et la rรฉparation. Quant ร la circularitรฉ des produits, nous en rรชvons tous mais elle est difficile ร mettre en ลuvre dans notre secteur. Nous sommes plusieurs marques ร ลuvrer dans ce sens au sein dโOSV (ndlr, le cluster Outdoor Sports valley) en vue de crรฉer une filiรจre de recyclageโฆ le chaรฎnon manquant dans lโoutdoor quand on sait que les fibres textiles ne sont pas simples ร recycler.
ร combien chiffrez-vous ces investissements ?
Nous travaillons encore sur notre business plan. Mais nous sommes prรชts ร sacrifier une part de la rentabilitรฉ pour accรฉlรฉrer lโinvestissement dans les marques, ce que nโont jamais fait les prรฉcรฉdents actionnaires. Sโagissant de notre chiffre dโaffaires, il sโรฉtablit ร 88 millions dโeuros en 2021 et devrait passer la barre des 100 millions cette annรฉe avec 650 salariรฉs (dont 250 ร Annecy). La part ร lโexport est supรฉrieure ร 50 %. Par ailleurs, nous dรฉtenons six boutiques en propre en Europe, une vingtaine de magasins en franchise et affiliรฉs et douze magasins dโusine en Europe et au Japonโฆ des chiffres appelรฉs ร augmenter.
Enfin, prรฉvoyez-vous des croissances externes pour faire croรฎtre le groupe, aprรจs les cessions (Killy, Eider, Oxbow) opรฉrรฉes par Calida ?
Cโest encore un peu tรดt. Il y aura probablement des opportunitรฉs qui se prรฉsenteront et que nous รฉtudierons avec intรฉrรชt. On nโexclut pas des acquisitions complรฉmentaires mais pour lโheure, rien nโest engagรฉโฆ Pourquoi pas The North Face, une fois que nous aurons appuyรฉ sur lโaccรฉlรฉrateur (rires).
propos recueillis par Patricia Rey








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