Filières : des conséquences en avalanche suite à la non-ouverture des remontées mécaniques

par | 22 Jan 2021

Dans l’agroalimentaire ou chez les équipementiers de la personne, la non-ouverture des remontées va avoir des impacts bien au-delà des stations.

«Pour décembre et janvier, nous sommes à -89 % de chiffre d’affaires », se désespère Patrice Arnaud, président d’Alp’Viandes à Chambéry, l’un des principaux fournisseurs en viande des hôtels et restaurants de la région. Pour sa société (16 millions d’euros de chiffre d’affaires avant la crise), plus que les remontées, c’est la réouverture des restaurants qui sera décisive. En attendant, la quarantaine de salariés est en chômage partiel plus ou moins total.

La PME s’inquiète pour elle mais aussi pour ses clients et ses fournisseurs. « Des milliers de volailles patiemment élevées en 2020 sont toujours stockées en chambre froide, faute d’acheteurs pour Noël », glisse Patrice Arnaud en exemple, pour montrer que les conséquences indirectes s’étalent loin et dans le temps. Même topo pour les fromages, avec un double effet “non-ouverture”.

« Pendant la saison d’hiver, il y a les ventes immédiates, mais nous communiquons aussi beaucoup, nous tissons du lien avec les touristes pour qu’ensuite ils achètent nos produits toute l’année. Là, on fait le maximum sur les réseaux sociaux, mais ce n’est pas pareil… », détaille Jean-Luc Duclos, président de l’Aftalp, l’association de promotion des fromages de Savoie AOP et IGP.

« Il va y avoir des dégâts »

La filière pèse 4 600 emplois pour 310 millions de chiffre d’affaires, avec 36 000 tonnes produites annuellement. Et si certains (reblochon, raclette…) sont largement vendus en grande distribution, d’autres (beaufort, tome des Bauges…) sont bien plus dépendants de la consommation saisonnière locale. « C’est pour les petits producteurs qui vendent en direct aux restaurants et magasins que ce sera le plus dur. La filière est résiliente, d’accord, mais si les crises s’enchaînent, il va y avoir des dégâts. »

Et celui qui est aussi éleveur laitier d’espérer que la filière ne soit pas obligée de revoir de nouveau à la baisse (comme au printemps dernier) ses quotas de production. Dans les vins de Savoie (375 producteurs, près du triple d’emplois et 15 millions de bouteilles annuelles), les deux tiers des commandes ont lieu entre novembre et mars. L’impact du premier confinement avait donc été limité et l’été – comme pour les fromages – avait redonné le moral.

« Je ne veux pas jouer l’alarmisme, ni tomber dans le pathos, mais évidemment, cette non-ouverture des remontées va avoir des conséquences importantes », soupire Benjamin Thaller, directeur d’Outdoor Sports Valley (OSV), l’association qui regroupe, notamment, les équipementiers de la personne pour les sports de nature (Salomon, Millet, Lafuma, Pictures, Fusalp…).

Mais là, « les commandes affichent déjà -30 % sur novembre et -25 % sur décembre », indique avec appréhension Franck Berkulès, chargé de communication du comité de la filière (le CIVS). Dans tous les cas, les regards se tournent maintenant vers l’État : quel accompagnement à court et surtout moyen termes ?

Équipements de la personne : l’effet moyen terme

« Je ne veux pas jouer l’alarmisme, ni tomber dans le pathos, mais évidemment, cette non-ouverture des remontées va avoir des conséquences importantes », soupire Benjamin Thaller, directeur d’Outdoor Sports Valley (OSV), l’association qui regroupe, notamment, les équipementiers de la personne pour les sports de nature (Salomon, Millet, Lafuma, Pictures, Fusalp…). Le premier confinement avait déjà freiné les commandes pour l’actuel hiver. Là, malgré « un bon été marqué par un attrait des Français pour la montagne », c’est la chute libre.

« Quelques niches tirent leur épingle du jeu : raquettes, nordique, randonnée… Mais, en dehors de ça, l’activité commerciale est proche de zéro. » Or, c’est maintenant (janvier-avril) que se vendent, normalement, les collections de l’hiver prochain et que se dessinent déjà celles de 2022-2023. Mais, avec deux saisons amputées, il n’y a aucune vente. Les conséquences sont en cascade sur la production, la trésorerie, les investissements, les sous-traitants (bureaux d’études, fournisseurs, communication, événementiel)… « Alors oui, forcément, je suis très inquiet », poursuit le directeur.

Accompagnés de la députée annécienne Frédérique Lardet, les dirigeants d’OSV ont rencontré le ministre des PME cette semaine. Enjeu ? Un accompagnement jusqu’à l’hiver prochain pour tenir compte du rythme particulier du marché : aides sur les frais fixes, sur le chômage partiel, mais aussi plan de relance, ou encore promotion de l’outdoor, figurent au cahier de doléances. En Auvergne-Rhône-Alpes, la filière pèse 6 000 salariés et 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont 60 % sont en lien avec la montagne et l’hiver.


Par Éric Renevier


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